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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVI (EXE

et songer aux grandes affaires quon avoit sur les lir as. On lui a fait nn servicemilitaire dans le camp, les larmes et les cris faisoient le véritable deuil :tous les officiers avoient pourtant des écharpes de crêpe ; tous les tambours enétoient couverts; ils ne battoient, quun coup; les piques traînantes et les mous-quets renversés. Mais ces cris de toute une armée ne se peuvent pas représentersans que lon en soit tout ému. Ses deux neveux étoient à cette pompe, dansl'état que vous pouvez penser. M. de Roye, tout blessé, sy lit porter; car cettemesse ne fut dite que quand ils eurent repassé le Rhin. Je pense que le pauvrechevalier (de Grignan) étoit bien abîmé de douleur. Quand ce corps a quittéson armée, ça été encore une autre désolation; et, partout il apassé,onnen-tendoit que des clameurs; maisà Langres ilsse sontsurpassés : ils allèrent au-de-vant de lui en habits de deuil, au nombre de plus de deux cents, suivis du peuple :tout le clergé en cérémonie. Il y eut un service solennel dans la ville, et, en unmoment, ils se cotisèrent tous pour cette dépense, qui monta à cinq mille francs,parce quils reconduisirent le corps jusquà la première ville, et voulurent dé-frayer tout le train. Que dites-vous de ces marques naturelles dune affectionfondée sur immérité extraordinaire? Il arrive à Saint-Denis ce soir ou demain ;tous ses gens Palloieut reprendre à deux lieues dici. Il sera dans une chapelleen dépôt ; on lui fera un service à Saint-Denis, en attendant celui de Notre-Dame, qui sera solennel. Voilà quel fut le divertissement que nous eûmes. Nousdînâmes comme vous pouvez penser; et jusquà quatre heures nous ne limesque soupirer. Le cardinal de Bouillon parla de vous, et répondit que vousnauriez point évité cette triste partie si vous aviez été ici. Je lassurai fort devotre douleur. Il vous fera réponse, et à M. de Grignan. Il me pria de vousdire mille amitiés, et la bonne dElbeuf, qui perd tout, aussi bien que son(ils. Voilà une belle chose de mêtre embarquée à vous conter ce que voussaviez déjà; mais ces originaux mont frappée, et jai été bien aise de vousfaire voir que voilà comme on oublie M. de Turenne en ce pays-ci.

M. de la Garde me dit lautre jour que, dans lenthousiasme des merveillesque lon disoit du chevalier, il exhorta ses frères 1 à faire un effort pour lui danscette occasion, afin de soutenir sa fortune au moins le reste de cette année; etquil les trouva tous deux fort disposés à faire des choses extraordinaires. Cebon la Garde est à Fontainebleau, d il doit revenir dans trois jours pourpartir enfin, car il en meurt denvie, à ce quil dit ; mais les courtisans ont biendelà glu autour deux. Vraiment létat de madame de Sanzei est déplorable :nous ne savons rien de son mari : il nest ni vivant, ni mort, ni blessé, ni pri-sonnier; ses gens n écrivent point. M. de la Trousse, après avoir mandé, le jour

1 M. le eoiuijuleur dArles el M. faillie de Grignan.