LETTRES RE MADAME RE SÊVICKÉ
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ment les meilleurs seulimenis du monde ; j’admire (jue cela puisse être gâté parl'impertinence de son esprit, et la ridicuüté de ses manières; il faudrait voirl’usage qu'elle fait de ma tolérance, et comme elle l’explique, et les chaînesqu’elle en l'ait pour s’attacher à moi, et comme je lui sers d’excuse pour ne plusvoir ses amies de Vitré, et les adresses qu’elle a pour satisfaire sa sotte gloire,car la sotte gloire est de tout pays, et la crainte qu’elle a que je ne sois jaloused’une religieuse de Vitré : cela feroit une assez méchante farce de campagne.
Je dois vous dire des nouvelles de cette province. M.de Chaulnes est à Rennesavec beaucoup de troupes ; il a mandé que si l’on en sortoit, ou si l’on fai-soit le moindre bruit, il ôteroit pour dix ans le parlement de cette ville : cettecrainte fait tout souffrir. Je ne sais point encore comme ces gens de guerreen usent à l’égard des pauvres bourgeois. Nous attendons madame de Chaulnesà Vitré, qui vient voir la princesse (de Tarente) : nous sommes en sûreté sousses auspices; mais je puis vous assurer que, quand il n’y aurait que moi,M. de Chaulnes prendroit plaisir à me marquer des égards ; c’est la seuleoccasion où je pourrois répondre de lui. N’ayez donc aucune inquiétude : jesuis ici comme dans cette Provence que vous dites qui est à moi.
Vous n’avez pas peur de Ruyter 1 : Ruyter pourtant est le dieu des combats;Guitaud ne lui résiste pas; mais en vérité l’étoile du roi lui résiste : jamais iln’en fut une si fixe. Elle dissipa, l’année passée, cette grande Hotte; elle fait mou-rir le prince de Lorraine ; elle renvoie Montecuculli chez ses parents, et fera lapaix par le mariage du prince Charles. Je disois l’autre jour cette dernière choseà madame de Tarente ; elle me dit qu’il étoit marié à l’impératrice douairière :quoique cette noce n’ait pas éclaté, elle ne laisseroit pas d’empêcher l’autre.Vous verrez que cette impératrice mourra, si sa vie fait un inconvénient. Votreraisonnement est d’une telle justesse sur les affaires d’Etat, qu’on voit bien quevous êtes devenue politique dans la place où vous êtes. J’ai écrit à la belle prin-cesse de Vaudemont ; elle est infortunée, et j’en suis triste, car elle est très-ai-mable. Je n’osois écrire à madame de Lillebonne; mais vous m’avez donné cou-rage. Je crains que vous n’ayez pas le petit Coulanges; sa femme m’écrittristement de Lyon, et croit y passer l’hiver : c’est une vraie trahison pour ellequeden’être pasàParis. Elle me mande que vous avez eu un assez grand com-merce. La Trousse est à Paris et à la cour, accablé d’agréments et de louanges :il les reçoit d’une manière à les augm enter. On dit qu’il aura la charge de Crou-lai ; si cela étoit, il y aurait un mouvement dans la compagnie, et je prie notred’Hacqueville d’y avoir quelque attention pour notre pauvre guidon, qui semeurt d’ennui dans leguidonnage. Je lui mande de venir ici ; je voudrais le ma-
1 Amiral de la flotte hollandaise.