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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SEVULNÉ

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rier à une petite lillcqui est uu peu juive de son estoc; mais les millions nousparaissent de bonne maison. Cela est fort en l’air; je ne crois plus rien aprèsavoir manqué la petite d’Eaubonne \ Madame de Villars me mande encore desmerveilles du chevalier (de Grignon). Je crois que ce sont les premières qu’on arenouvelées ; mais enfin c’est un petit garçon qui a bien le meilleur bruit qu’onpuisse jamais souhaiter. Je prie Dieu que les lueurs d’espérance pour unede vos tilles 1 2 puissent réussir; ce serait une grande affaire. La paresse ducoadjuteur devrait bien cesser dans de pareilles occasions.

Ecoutez une belle action du procureur général 3 . Il avoitune terre, de lamaison deBellièvre, qu’on lui avoit fort bien donnée ; il l’a remise dans la massedes biens des créanciers, disant qu’il ne saurait aimer ce présent, quand ilsonge qu’il fait tort à des créanciers qui ont donné leur argent de bonne loi :cela est héroïque. Jugez s’il est pour nous contre M. deMirepoix; jenc commispoint une plus belle ni une plus vilaine âme que celle de ces deux hommes.Le bien bon est toujours le bien bon; ce sont des âmes parlantes : les obli-gations que je lui ai sont innombrables. Ce qui me les rend sensibles, c’estl’amitié qu’il a pçur vous, et le zèle pour vos affaires, et comme il se pré-pare à confondre leMirepoix.

Je n’ose penser à vous voir ; quand cette espérance entre trop avant dans moncujur, et qu’elle est encore éloignée, elle me fait trop de mal : je me souviens dece que je souffris à la maladie de ma pauvre tante, et comme vous me fîtesexpédier cette douleur ; je ne suis pas encore à portée de recevoir cette joie.Vous m’assurez que vous vous portez fort bien : Dieu le veuille, ma bonne ! cetarticle me tient extrêmement au cœur. Pour moi, je suis dans la parfaite santé.Vous aimeriez bien ma sobriété et l’exercice que je fais, et sept heures au lit,comme une carmélite. Cette vie dure me plaît ; elle ressemble au pays ; je n’en-graisse point, et l’air est si épais et si humain, que ce teint, qu’il y a si long-temps que l’on loue, n’en est point changé : je vous souhaite quelquefois une denos soirées, en qualité de pommade de pied de mouton. J’ai dix ouvriers qui medivertissent fort. Rahnel et Pilois , tout est à sa place. Vous devez être per-suadée de ma confiance par les pauvretés dont je remplis ma lettre. Depuisque je me suis plainte, envers, de la pluie, il fait un temps charmant ; de sorte(pie je m’en loue en prose. Toute notre province est si occupée de ce's punitions,que l’on ne fait point de visites; et, sans vouloir contrefaire la dédaigneuse,

1 Le marquis de Sévigne avait recherche Antoinette Lelèyre d’Eaubonne, cousine de M. d Or-messon.

2 Françoise-Julie de Grignan, fille du premier lit de M. de Griguan, et qui épousa M. deVibrave en 1689.

5 Achille de lfarlay, depuis premier président.