LKTTHKS DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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bon. Je crois que mon bis s’en va dans les quartiers de bourrages, qui si-gnifient bientôt après ceux d’hiver.
Je veux qu’en mon absence M. de Coulanges vous mande de certaines chosesqu’on aime à savoir. Vous me proposez pour régime une nourriture bien pré-cieuse : je ne vous réponds pas tout à fait de vous obéir ; mais, en vérité, je nemange pas beaucoup, je ne regarde pas les châtaignes, je ne suis point du toutengraissée ; mes promenades de toutes laçons m’empêchent de profiter de monoisiveté. Mademoiselle de Noirmoutier s’appellera madame de Rovan ; vousdites vrai, le nom d’Olonne 1 est trop difficile à purifier. Adieu, ma chère en-fant, vous êtes donc persuadée que j’aime ma fille plus que les autres mères :vous avez raison, vous êtes la chère occupation de mon cœur, et je vous pro-mets de n’en avoir jamais d’autre, quand même je trouverais en mon cheminune fontaine de Jouvence. Pour vous, ma fille, quand je songe comme vousavez aimé le chocolat, je ne sais si je ne dois point trembler : puis-je espérerd’être plus aimable, et plus parfaite, et plus toutes sortes de choses? Il vousfaisoit battre le cœur : peut-on se vanter de quelque fortune pareille? Vousdevriez me cacher ces sortes d’inconstances. Adieu, ma très-chère comtesse ;mandez-moi si vous dormez, si vous n’êtes point brésillée, si vous mangez, sivous avez le teint beau, si vous n’avez _ ' mal à vos belles dents : mon Dieu,que je voudrais bien vous voir et vous embrasser!
A LA MEME
Aux Rochers, dimanche l« r décembre 1075.
Voilà qui est réglé, ma très-chère, je reçois deux de vos lettres à la fois ; et ily a un ordinaire où je n’en ai point de vous : il faut savoir aussi la mine que jelui fais, et comme je le traite en comparaison de l’autre. Je suis comme vous,ma fille, je donnerais de l’argent pour avoir la parfaite tranquillité du coadju-teur sur les réponses, et pouvoir les garder dans ma poche deux mois, troismois,sansm’inquiéter; mais nous sommessi sottes, quenous avons ces réponsessur le cœur ; il y en a beaucoup que je fais pour les avoir faites ; enfin, c'est undon de Dieu que cette noble indifférence. Madame de Langeron disoit sur lesvisites, et je l’applique à tout : Ce que je fais me fatûjue, et ce que je ne fais
1 Allusion à la vie peu édifiante de la comtesse d'Ulonue, tant cclébree dans les Amours desGuides.