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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES RE MADAME DE SÉVIGNÉ

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pas m'inquiète. Je trouve cela très-bien dit, et je le sens. Je fais donc à peuprès ce que je dois, et jamais que des réponses : jen suis encore. Je vousdonne avec plaisir le dessus de tous les paniers, cest-à-dire la fleur de monesprit, de ma tête, de mes yeux, de ma plume, de mon écritoire; et puis lereste va comme il peut. Je me divertis autant à causer avec vous que je laboureavec les autres. Je suis assommée surtout des grandes nouvelles de lEurope.

Je voudrais que le coadjuteur eût montré cette lettre que jai de vous à ma-dame de Fontevrault : vous nen savez pas le prix. Vous écrivez comme unange ; je lis vos lettres avec admiration ; cela marche; vous arrivez. Vous sou-vient-il, ma fille, de ce menuet que vous dansiez si bien, vous arriviez siheureusement, et de ces autres créatures qui narrivoient que le lendemain ?Nous appelions ce que faisoit feu Madame et ce que vous faisiez gagner pays.Vos lettres sont tout de même.

Pour votre pauvre petit frater , je ne sais il sest fourré ; il y a trois se-maines quil ne ma écrit. Il ne mavoit point parlé de cette promenade sur laMeuse. Tout le monde le croit ici. Il est vrai que sa fortune est triste. Je ne voispoint comme toute cette charge se pourra emmancher, à moins que Lauzun neprenne le guidon en payement, et quelque supplément que nous tâcherons detrouver; car dacheter lenseigne à pur et à plein, et que le guidon nous de-meure sur les bras, ce nest pas une chose possible. Vous raisonnez fort justesur tout cela; nous sommes dans vos sentiments, et nous nous consolons demonter sous les pieds de deux hommes 1 , pourvu que le guidon nous serve depremier échelon.

.lachèverai ici lannée très-paisiblement ; il y a des temps les lieux sontassez indifférents ; on nest point trop fâchée dêtre tristement plantée ici. Ma-dame de la Fayette vous rend vos honnêtetés; sa santé nest pas bonne, maiscelle de M. de Limoges 2 est encore pire. Il a remis au roi tous ses bénéfices; jecrois que son fils, cest-à-dire labbé de la Fayette, en aura une abbaye. Voilàla pauvre Gascogne bien mal menée, aussi bien que nous. On nous envoie en-core six mille hommes pour passer lhiver : si les provinces ne faisoient rien demal à propos, on serait assez embarrassé de toutes ces troupes. Je ne croispoint que la paix soit si proche. Vous souvient-il de tous les raisonnementsquon faisoit sur la guerre, et comme il devoit y avoir bien des gens tués? Cestune prophétie quon peut toujours faire sûrement, aussi bien que celle que voslettres ne mennuieront certainement point, quelque longues quelles soient,

* Le marquis de la Trousse et le marquis de la Fare : l'un était capitaine-lieutenant, etlautre sous-lieutenant des gendarmes Dauphin.

2 François de la Fayette, ahlié de Dalon, évêque de Limoges, était oncle du mari do madamede la Fayette.