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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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270 L K TT UK.S DK .MADAME DE SÉVIGNE

de mon amitié outre dans la composition de ce bonheur, vous pouvez y comptersûrement.

Voilà une lettre de dllac<]ueville, qui vous apprendra lagréable succès denos affaires de Provence : il surpasse de beaucoup mes espérances. Vous aurezvu à quoi je me bornois par les lettres que jai reçues il y a un peu de jours, et queje vous envoyai. Voilà donc cette grande épine hors du pied, voilà cette cavernede larrons détruite, voilà lombre de M. de Marseille conjurée, voilà le crédit de.la cabale évanoui, voilà linsolence terrassée: jen dirois dici à demain. Mais, annom de Dieu, soyez modestes dans vos victoires : voyez ce que dit le bondIIacqueville ; la politique et la générosité vous y obligent. Vous verrez aussicommeje trahis son secret pour vous, par le plaisir de vous l'aire voirie dessousdes cartes, quil a dessein de vous cacher à vous-même ; mais je ne veux pointlaisser équivoquer dans votre cœur les sentiments que vous devez avoir pourlami et pour la belle-sœur 1 , car il me paroît quils ont l'ait encore au delà de cequon men écrit, et, pour toute récompense, ils ne veulent aucun remercîment.Servez-les donc à leur mode, et jouissez en silence de leur véritable et solideamitié. Gardez-vous bien de lâcher le moindre mot qui puisse faire connoître aubon dIlacqueville que je vous ai envoyé sa lettre ; vous le connoissez : larigueur de son exactitude ne comprendrait pas cette licence poétique. Ainsi,ma fille, je me livre à vous, et vous conjure de ne me point brouiller avec unsi bon et si admirable ami. Enfin, ma très-chère, je me mets entre vosmains; et, connoissant votre fidélité, je dormirai en repos; mais répondez-moi aussi de M. de Grignan, car ce ne serait pas une consolation pour moique de voir courir mon secret par ce côté-.

En voici encore un autre : voici le jour des secrets, comme la journée, desdupes . Le frater est revenu de Rennes ; il ma rapporté une sotte chanson, quima fait rire : elle vous fera voir en vers une partie de ce que je vous dis lautrejour en prose. Nous avions dans la tête un fort joli mariage, mais il nest pasmit : la belle na que quinze ans, et lon veut quelle en ait davantage pour pen-ser à la marier. Que dites-vous de lhabile personne dont nous vous parlions ladernière fois, et qui ne put du tout deviner quel jour cest que le lendemain dela veille de Pâques t Cest un joli petit bouchon qui nous réjouit fort ; cela nauravingt ans que dans six ans d , ici i . Je voudrais que vous leussiez vue, les matins,manger une beurrée longue comme dici à Pâques, et, laprès-dînéc, croquerdeux pommes vertes avec du pain bis. Sa naïveté et sa jolie petite figurenous délassent de la guinderie et de lesprit fichu de mademoiselle du Plessis.

1 M. de Pomponne et madame de Vins.â Vers de Benserade.