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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES I)E MADAME DR SÉVIGNE

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Mais parlons dautre chose : ne vous a-t-on pas envoyé loraison funèbre deM. de Turenne ?M. de Coulanges et le petit cardinal mont déjà ruinée en portsde lettres; mais jaime bien cette dépense. Il me semble navoir jamais rienvu de si beau que cette pièce déloquence. On dit que l'abbé Fléchier 1 veutla surpasser; mais je len délie : il pourra parler dun héros, mais ce ne serapas de M. de Turenne; et voilà ce que M. de Tulle a fait divinement, à mongré. La peinture de son cœur est un chef-dœuvre ; et cette droiture, cettenaïveté, cette vérité dont il étoit pétri, enfin, ce caractère, comme il dit,également éloigné de la souplesse de lorgueil et du faste de la modestie. Jevous avoue que jen suis charmée; et, si les critiques ne lestiment plus de-puis quelle est imprimée,

Je rends grâces aux dieux de nêtre pas Romain®.

Ne me dites-vous rien des Essais de morale, et du Traité de tenter Dieu ,et delà Ressemblance de lamour-propre et de la charité ? Cest une belle con-versation que celle que Ton fait de deux cents lieues loin. Nous faisons decela pourtant tout ce quon en peut, faire. Je vous envoie un billet de la jolieabbesse : voyez si elle se joue joliment ; il nen faut pas davantage pourvoir lagrément de son esprit. Adieu, ma très-aimable et très-chère ; je vousrecommande tous mes secrets ; je vous embrasse très-tendrement, et suisplus à vous quà moi-même.

A F,A MÊME

Aux Rochers, dimnnchft 12 janvier 1070.

Vous pouvez remplir vos lettres de tout ce quil vous plaira, et croire queje les lis toujours avec un grand plaisir et une grande approbation : on nepeut pas mieux écrire, et lamitié que jai pour vous ne contribue en rien àce jugement.

Vous me ravissez daimer les Essais de morale : navois-je pas bien dit quecétoil votre fait ? Dès que jeus commencé aies lire,jene songeai plus quà vousles envoyer : vous savez que je suis communicative, et que je naime point àjouir dun plaisir toute seule. Quand on aurait fait ce livre pour vous, il ne se-rait pas plus digne devousplaire.Quellangage 1 quelle force dans larrangement

* Depuis évêque deLavaur, et ensuite de Nitues.

J Vers de Corneille dans les Itorares,