LETTRES DE MADAME DE SÉVMJNÉ
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ia convalescence, et qui vous en retire le plus loin ; qui vous l'ait toucher l’étaldu monde le plus agréable, et qui vous empêche le plus d’en jouir; qui vousdonne les plus belles espérances, et qui en éloigne le plus l’effet 1 Ne sauriez-vous le deviner '-jetez-vous votre langue aux chiens? C’est un rhumatisme. Il ya vingt-trois jours que j’en suis malade; depuis le 14, je suis sans lièvre etsans douleurs, et dans cet état bienheureux, croyant être en état de marcher,qui est tout ce que je souhaite, je me trouve enflée de tous côtés, les pieds, lesjambes, les mains, les bras ; et cette enflure, qui s’appelle ma guérison, et quil’est effectivement, fait toutle sujet de mon impatience, et feroit celui de monmérite, si j’étois bonne. Cependant je crois que voilà qui est fait, et que dansdeux jours je pourrai marcher : Larmechin me le fait espérer; o cite spero ! Jereçois de partout des lettres de réjouissance sur ma bonne santé, et c’est avecraison. Je me suis purgée une fois de la poudre de M. de Lorme, qui m’a faitdes merveilles. Je m’en vais encore en reprendre ; c’est le véritable remède pourtoutes ces sortes de maux. On me promet après cela une santé étemelle ; Dieule veuille! Le premier pas que je ferai sera d’aller à Paris : je vous prie donc,ma chère enfant, de calmer vos inquiétudes ; vous voyez que nous vous avonstoujours écrit sincèrement. Avant que de fermer ce paquet, je demanderai à magrosse main si elle veut bien que je vous écrive deux mots : je ne trouve pasqu’elle le veuille; peut-être qu’elle le voudra dans deux heures. Adieu, matrès-belle et très-aimable ; je vous conjure tous de respecter, avec tremble-ment, ce qui s’appelle un rhumatisme ; il me semble que présentement je n’airien de plus important à vous recommander Voici le frater qui peste contrevous depuis huit jours, de vous être opposée, à Paris, au remède de M. deLorme.
M. DE SEVIGNË
Si ma mère s’était abandonnée au régime de ce bonhomme, et qu’elle eûtpris tous les mois de sa poudre, comme il le vouloit, elle ne seroit pas tombéedans cette maladie, qui ne vient que d’une réplétion épouvantable d’humeurs;mais c’étoit vouloir assassiner ma mère, que de lui conseiller d’en essayer uneprise. Cependant ce remède si terrible, qui fait trembler en le nommant, quiest composé avec de l’antimoine, qui est une espèce d’émétique, purge beau-coup plus doucement qu’un verre d’eau de fontaine, ne donne pas la moindretranchée, pas la moindre douleur, et ne fait autre chose que de rendre la tètenette et légère, et capable de faire des vers, si on vouloit s’y appliquer. Ilnclalloit pourtant pas en prendre. « Vous moquez-vous, monfrère, de vouloir faire