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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES RE MADAME DE SÉVIGNÉ 275

prendre de l'antimoine à ma mère? Il ne faut seulement que du régime, etprendre un petit bouillon de séné tous les mois. » Voilà ce que vous disiez.Adieu, ma petite sœur : je suis en colère quand je songe que nous aurions puéviter cette maladie avec ce remède, qui nous rend si vite la santé, quelquechose que limpatience de ma mère lui fasse dire. Elle sécrie : « O mes en-fants! que vous êtes fous de croire quune maladie se puisse déranger! nefaut-il pas que la providence de Dieu ait son cours ? et pouvons-nous fëire autrechose que de lui obéir? » Voilà qui est fort chrétien : mais prenons toujours, àbon compte, «le la poudre de M. de Lorme.

MADAME DE fvÉVlDNÉ A LA MÊME

Aux Rooliers, mercredi 12 février 16761

Ma fille, il nest plus question de moi : je me porte bien, cest-à-dire autan)que lon se porte bien delà queue dun rhumatisme ; car ces enflures sen von)si lentement, que lon perdroit fort bien patience, si lon nesortoit dun étatqui fait trouver celui- fort heureux. Est-il vrai que le chevalier de Grignan sesoit trouvé depuis dans le même embarras ? Je ne comprends point ce quunpetit glorieux peut faire dun mal qui commence dabord à vous soumettre,pieds et poings liés, à son empire 1 . On dit aussi que le cardinal de Bouillonnest pas exempt de cette petite humiliation. Oh ! le bon mal ! et que cest, bienfait de le voir un peu jeté parmi les courtisans ! Mon fils est allé à Vitré pourune affaire; cest pourquoi je donne sa charge de secrétaire à une petitepersonne dont je vous ai souvent parlé, et qui vous prie de trouver bon quellevous baise respectueusement les mains. Hélène sera ici dans quatre jours ; jaicompris que je ne pourrois men passer, voyant bien que mon fils me va ôterLarmechin. Il y a tant dincommodité dans la santé qui suit la guérison dunrhumatisme, quon ne saurait se passer dêtre bien servie. Voilà une lettre quelabonne princesse vient de menvoyer pour vous; savez-vous bien que je suistouchée de lextrême politesse et de la tendre amitié quil y a dans ce pro-cédé? Je ne suis pas en peine de la façon dont vous y ferez réponse.

1 Le chevalier rie Grignan avait alors vingt-six ans.