A I.A MÊMK
Aux Rochers, dimanche 25 février 1U76
Vous êtes accouchée à huit mois, ma très-chère: quel bonheur que vousvous portiez bien! mais quel dommage d’avoir perdu encore un pauvre petitgarçon ! Vous qui êtes si sage, et qui grondez les autres, vous avez eu la fan-taisie de vous laver les pieds ; quand on a poussé si loin un si bel ouvrage,comment peut-on le hasarder, et sa vie en même temps? car il me semble quevotre travail prenoitun mauvais train. Enfin, ma fille, par la grâce de Dieu,vous en êtes sortie heureusement, vous avez été bien secourue. Vous pouvezpenser avec quelle impatience j’attends de secondes nouvelles de votre santé,et si je suis bien occupée et bien remplie des circonstances de cet accouche-ment. Je vous rends grâces de vos trois lignes, et à vous, mon cher comte, dessoins que vous prenez de -m’instruire. Vous savez ce que c’est pour moi que lasanté de votre chère femme ; mais vous l’avez laissée trop écrire : c’est unemort que cet excès ; et pour ce lavage des pieds, on dit qu’il a causé l’accouche-ment. C’est dommage de la perte de cet enfant; je la sens, et j’ai besoin devos réflexions chrétiennes pour m’en consoler ; car, quoi qu’on vous dise, vousne le sauverez pas à huit mois. J’aurois eu peur que l’inquiétude de ma ma-ladie n’y eût contribué, sans que j’ai trouvé qu’il y a eu quinze jours d’inter-valle. Enfin, Dieu soit loué et remercié mille et mille fois, puisque ma chèrecomtesse se porte bien : ma vie tient à cette santé; je vous la recommande,mon très-cher, et j’accepte de tout mon cœur le rendez-vous de Grignan.
A LA MÊME
Aux Rochers, dimanche 22 mars 1676.
Je me porte très-bien ; mais pour mes mains, il n’y a ni rime ni raison. Jeme sers donc de la petite personne pour la dernière fois : c’est laplus.aimableenfant du monde; je ne sais ce que j’aurois fait sans elle. Elle me lit très-bience que je veux; elle écrit comme vous voyez : elle m’aime; elle est complai-sante; elle sait me parler de madame de Grignan; enfin, je vous prie del'aimer sur ma parole.