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Je n’aime point à avoir des secrétaires qui aient plus d’esprit que moi : ilsl'ont les entendus, je n’ose leur faire écrire toutes mes sottises ; la petite fillem’étoit bien meilleure. J’ai toujours dessein d’aller à Bourbon ; j’admire leplaisir qu’on prend à m’en détourner, sans savoir pourquoi, malgré l’avis detous les médecins.
Je causois hier avec d’Hacqueville sur ce que vous me dites que vous viendrezin’yvoir. Je ne vous dis point si je le désire, ni combien je regrette ma vie ; jeme plains douloureusement de la passer sans vous. Il semble qu’on en ait uneautre, où l’on réserve de se voir et de jouir de sa tendresse ; et cependant c’estnotre tout que notre présent, et nous le dissipons ; et l’on trouve la mort. Jesuis touchée de cette pensée. Vous jugez bien que je ne désire donc que d’êtreavec vous ; cependant nous trouvâmes qu’il falloitvous mander que vous pris-siez un peu vos mesures chez vous. Si la dépense de ce voyage empêchoit celuide cet hiver, je ne le voudrois pas, et j’aimerois mieux vous voir plus long-temps ; car je n’espère point d’aller à Grignan, quelque envie que j’en aie. Lebon abbé n’y veut point aller; il a mille affaires ici, et craint le climat. Or jen’ai pas trouvé dans mon Traité de l’ingratitude qu’il me fût permis de le quitterdans l’âge où il est ; et, comme je ne puis douter que cette séparation ne luiarrachât le cœur et l’âme, mes remords ne me donneroient aucun repos s’ilmouroit dans cette absence. Ce seroit donc pour trois semaines que nous nousôterions le moyen de nous voir plus longtemps. Démêlez cela dans voireesprit, et suivant vos desseins, et suivant vos affaires; mais songez qu’euquelque temps que ce soit, vous devez à mon amitié et à l’état où j’ai été lasensible consolation de vous voir. Si vous vouliez revenir ici avec moi do Bour-bon, cela seroit admirable : nous passerions notre automne ici ou â Livry; et,cet hiver, M. de Grignan viendrait nous voir et vous reprendre. Voilà qui seroitle plus aisé, le plus naturel et le plus désirable pour moi ; car enfin vous devezme donner un peu de votre temps pour l’agrément et le soutien de ma vie.Rangez tout cela dans votre tête, ma chère enfant : il n’v a point de temps àperdre; je partirai pour Bourbon ou pour Vichy dans le mois qui vient.
Vous voulez que je vous parle de ma santé ; elle est très-bonne, hormismes mains et mes genoux, où je sens quelques douleurs. Je dors bien, jemange bien, mais avec retenue : on ne me veille plus : j’appelle, on me donnece que je demande. Ou me tourne, et je m’endors. Je commence à manger de