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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES I)E MADAME DE SÉVIGNÉ

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la main gauche; cétoit une chose ridicule de me voir imboccar da i sergenti;et, pour écrire, vous voyez jen suis maintenant 1 . Voilà ce qui me met audésespoir, car cest une peine incroyable pour moi de ne pouvoir causer avecvous ; cest môter une satisfaction que rien ne peut réparer. On me dit millebiens de Vichy, et je crois que je laimerai mieux que Bourbon, par deuxraisons : lune, quon dit que madame de Montespan va à Bourbon ; et lautre,que Vichy est plus près de vous; en sorte que, si vous y veniez, vous auriezmoins de peine, et que si le bien bon changeoit davis, nous serions plus prèsde Grignan. Entin, ma très-chère, je reçois dans mon cœur la douce espérancede vous voir. Cest à vous à disposer de la manière, et surtout que ce ne soitpas pour quinze jours ; car ce serait trop de peine et trop de regretpour si peude temps. Vous vous moquez de Villebrune ; il ne ma pourtant rien conseilléque lon ne me conseille ici. Je men vais faire suer mes mains ; et, pour lé-quinoxe, si vous saviez lémotion qui arrive quand ce grand mouvement sefait, vous reviendriez de vos erreurs. Le frater sen ira bientôt à sa brigade, etde à matines*. Il y a six jours que je suis dans ma chambre à faire lenten-due, à me reposer. Je reçois tout le monde ; il mest venu des Soubise, desSully, à cause de vous. On ne parle point du tout denvoyer M. de Vendôme enProvence. Il dit au roi, il y a huit jours : « Sire, jespère quaprès la campa-gne Votre Majesté me permettra daller dans le gouvernement quelle ma faitlhonneur de me donner. Monsieur, lui dit le roi, quand vous saurez biengouverner vos affaires, je vous donnerai le soin des miennes. » Et cela finittout court. Adieu, ma très-chère enfant; je reprends dix fois ma plume ; necraignez point que je me fasse mal à la main.

A LA MÊME

A Paris, vendredi 10 avril 1676.

Plus jy pense, ma fille, et plus je trouve que je ne veux point vous voir pourquinze jours. Si vous venez à Vichy ou à Bourbon, il faut que ce soit pourvenir ici avec moi : nous y passerons le reste de lété et lautomne; vous megouvernerez, vous me consolerez; etM. de Grignan vous viendra voir cet hiver,

' Madame de Sévigné commençait à reprendre son écriture ordinaire, mais dune main en-core mal assurée.

2 Cest pour dire queM. de Sévigné sarrêtait volontiers, en allant et en revenant, chez uneabbesse de sa connaissance.