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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNE

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et fera de vous à son tour tout ce quil trouvera à propos. Voilà comme on faitune visite à une mère que lon aime, voilà le temps que lon lui donne, voilàcomme on la console davoir été bien malade, et davoir encore mille incom-modités, et davoir perdu la jolie chimère de se croire immortelle 1 ; elle com-mence présentement à se douter de quelque chose, et se trouve humiliéejusquau point dimaginer quelle pourroit bien un jour passer dans la barquecomme les autres, et que Caron ne fait point de grâce. Enfin, au lieu de cevoyage de Bretagne que vous aviez une si grande envie de faire, je vouspropose et vous demande celui-ci.

Mon fils sen va; jen suis triste, et je sens cette séparation. On ne voit àParis que des équipages qui partent 2 . Les cris sur la disette dargent sont en-core plus vifs quà lordinaire; mais il ne demeurera personne, non plus queles années passées. Le chevalier est parti sans vouloir me dire adieu ; il maépargné un serrement de cœur, car je laime sincèrement. Vous voyez que monécriture prend sa forme ordinaire : toute la guérison de ma main se renfermedans lécriture ; elle sait bien que je la quitterai volontiers du reste dici àquelque temps. Je ne puis rien porter; une cuiller me paroît la machine dumonde, et je suis encore assujettie à toutes les dépendances les plus fâcheuseset les plus humiliantes que vous puissiez vous imaginer; maisjeneme plainsde rien, puisque je vous écris. La duchesse de Sault me vient voir comme unede mes anciennes amies ; je lui plais. Elle vint la seconde fois avec madame deBrissac : quel contraste ! Il faudroit des volumes pour vous conter les propos decette dernière. Madame de Sault vous plairoit et vous plaira. Je garde machambre très-fidèlement, et jai remis mes pâques à dimanche, afin davoir dixjours entiers à me reposer. Madame de Coulanges apporte au coin de mon feules restes de sa petite maladie : je lui portai hier mon mal de genou et mespantoufles. On y envoya ceux qui me cherchoient : ce fut des Schomberg, desSenneterre, des Cœuvres, et mademoiselle deMéri, que je navois point encorevue. Elle est, à ce quon dit, très-bien logée ; jai fort envie de la voir dans sonchâteau. Ma main veut se reposer, je lui dois bien cette complaisance pourcelle quelle a pour moi.

1 Cétait la première maladie de madame de Sévigné.

2 Dn congrès avait été assemblé à Nimègue en juillet 1675 ; depuis un an on y traitait de lapaix, qui nen était pas plus avancée.