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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVULNÉ

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décide. Vous me paraissez bien pleinement satisfaite des dévotions de la se-maine sainte et du jubilé : vous avez été en retraite dans votre château. Pourmoi, ma obère, je nai rien senti que par mes pensées, nul objet na frappémes sens, et jai mangé de la viande jusquau vendredi saint ; javois seulementla consolation dêtre fort loin de toute occasion de pécher. Jai dit à la Moussevotre souvenir ; il vous conseille de faire vos choux gras vous-même de cethomme à qui vous trouvez de lesprit. Adieu, ma chère enfant.

A LA MÊME

A Paris, mercredi 29 avril 1670.

Il faut commencer par vous dire que Condé fut pris dassaut la nuit de sa-medi à dimanche. Dabord cette nouvelle fait battre le cœur ; on croit avoiracheté cette victoire. Point du tout, ma belle, elle ne nous coûte que quelquessoldats, et pas un homme qui ait un nom. Voilà ce qui sappelle un bonheurcomplet. Larrei, fils de M. Laîné, qui fut tué en Candie, ou son frère, estblessé assez considérablement. Vous voyez comme on se passe bien des vieuxhéros.

Madame de Brinvilliers nest pas si aise que moi; elle est en prison, elle sedéfend assez bien ; elle demanda hier à jouer au piquet, parcequelle sennuyoit.Un a trouvé sa confession. Elle nous apprend quà sept ans elle avoit cessédêtre fille ; quelle avoit continué sur le même ton ; quelle avoit empoisonnéson père, ses frères, un de ses enfants, et elle-même ; mais ce nétoit que pouressayer dun contre-poison : Médéenen avoit pas tant fait. Elle a reconnu quecette confession est de son écriture : cest une grande sottise; mais quelleavoit la fièvre chaude quand elle lavoit écrite; que cétoit une frénésie, uneextravagance, qui ne pouvoitpas être lue sérieusement.

La reine a été deux fois aux Carmélites avec Quanto. Cette dernière se mità la tête de faire une loterie ; elle se fit apporter tout ce qui peut convenir àdes religieuses. Cela fit un grand jeu dans la communauté. Elle causa fort avecsœur Louise de la Miséricorde ( madame de la Vallière ) ; elle lui demanda sitout de bon elle étoit aussi aise quon le disoit. « Non, répondit-elle, je ne suispoint aise, mais je suis contente. » Quanto lui parla fort du frère de Momsieuu,et si elle vouloit lui mander quelque chose, et ce quelle dirait pour elle.Lautre, dun ton et dun air tout aimables, et peut-être piquée de ce style :

« Tout ce que vous voudrez, madame , tout ce que vous voudrez. » Mettez dans