LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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appuyer nos changements. Celui de M. le coadjuteur me paroît admirable, maisla manière dont vous le dites l’est encore plus ; quand vous lui demandez desnouvelles du lundi, vous paroissez bien persuadée de sa fragilité. Je suis fortaise qu’il air. conservé sa gaieté et son visage de jubilation. J’ai toujours envie derire quand vous me parlez du bonhomme du Parc ; je ne trouve rien de si plai-sant que de le voir seul persuadé qu’il fait des miracles : je suis bien de votreavis, que le plus grand de tous seroit de vous le persuader. Je suis fort aise quema petite soit gaie et contente ; c’étoit la tristesse de son petit cœur qui me fai-soit de la peine. Il est vrai que le voyage d’ici à Grignan n’est rien : j’en dé-tourne ma pensée avec soin, parce qu’elle me fait mal ; mais vous ne me ferezpas croire, ma belle, que celui de Grignan à Lyon soit peu considérable ; il esttout des plus rudes, et je serois très-fàchée que vous le fissiez pour retournersur vos pas : je ne change point d’avis là-dessus. Si vous étiez de ces personnesqu’on enlève et qu’on dérange, et qui se laissent entraîner, j’aurois espéré devous emmener avec moi malgré vous ; mais vous êtes d’un caractère dont on nepeut se promettre de pareilles complaisances. Je connois vos tons et vos réso-lutions ; et, cela étant ainsi, j’aimebien mieux que vousgardiez toute votre ami-tié et tout votre argent, pour venir cet hiver me donner la joie et la consolationde vous embrasser. Je vous promets seulement une chose, c’est que, si je tom-bois malade ici, ce que je ne crois pas du tout assurément je vous prierois d’yvenir en diligence ; mais, ma chère, je me porte fort bien ; je bois tous les ma-tins. Je suis un peu comme Nouveau 1 , qui demandoit : « Ai-je bien du plaisir ?»Je demande aussi : u Rends-je bien mes eaux? la quantité, la qualité, tout va-t-il bienl» On m’assure que ce sont des merveilles, et je le crois, et mêmeje le sens ; car, à mes mains et à mes genoux près, qui ne sont point gué-ris, parce que je n’ai encore ni pris le bain ni la douche, je me porte toutaussi bien que j’aie jamais fait.
La beauté des promenades est au-dessus de ce que je puis vous en dire ; celaseul me redonneroit la santé. On est tout le jour ensemble. Madame de Brissacet le chanoine dînent ici fort familièrement. Comme on ne mange que desviandes simples, on ne fait nulle façon de donner à manger. Vous aurez vuparce que je vous mandai avant-hier combien je suis prête à aimer quelqu’unplus que vous. Après la pièce admirable de la colique, on nous a donné celled’une convalescence pleine de langueur, qui est en vérité fort bien accom-modée au théâtre : il faudroit des volumes pour dire tout, ce que je découvredans ce chef-d’œuvre des cieuv. Je passe légèrement sur bien des choses,pour ne point trop écrire.
1 Surintendant des ) ojtrs.