LETTRES DE MADAME DE SÉVH’.NÉ
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Vous me parlez fort plaisamment de ce saint qui vous est tombé à Aix, etqu’on dépouille, à tout moment ; il faudrait avoir à point nommé son reliquaire.( >s poux, que vous appelez des reliques vivantes , m’ont choquée; car commeon m’a toujours appelée de ce nom à Sainte-Marie 1 , je me suis vue en mêmetemps comme, votre M. Ribon. On m’accable ici de présents ; c’est la mode dupays, où d’ailleurs la vie ne coûte rien du tout : enfin, trois sons deux pou-lets, et tout à proportion. Il y a trois hommes qui ne sont occupés que de merendre serv ice, Bayard, Saint-Hérem et la Fayette ; comme je vous fais souventpayer pour moi, n’oubliez pas de m’écrire quelque mot qui les regarde. Adieu,mon ange : aimez-moi bien toujours ; je vous assure que vous n’aimez pasune ingrate.
A LA MÊME
A Vichy, jeudi 28 mai tC70.
Je reçois deux de vos lettres: l’une me vient du côté de Paris, et l’autre deLyon. Vous êtes privée d’un grand plaisir, de ne faire jamais de pareilles lec-tures. Je ne sais où vous prenez tout ce que vous dites ; mais cela est d’un agré-ment et d’une justesse à quoi l’on ne s’accoutume point. Vous avez raison decroire que j’écris sans effort, et que mes mains se portent mieux : elles ne seferment point encore, et le dedans des mains est fort enflé, et les doigts aussi.Cela me fait trembloter, et me fait de la plus méchante grâce du monde dansle bon air des bras et des mains ; mais je tiens très-bien une plume, et c’est cequi me fait prendre patience. J’ai commencé aujourd’hui la douche ; c’est uneassez bonne répétition du purgatoire. On est toute nue dans un petit lieu sou-terrain, où l’on trouve un tuyau de cette eau chaude, qu’une femme vous faitaller où vous voulez. Cet état, où l’on conserve à peine une feuille de figuierpour tout habillement, est une chose assez humiliante. J’avois voulu mes deux-femmes de chambre, pour voir encore quelqu’un de connoissanee. Derrière unrideau se met quelqu’un qui vous soutient le courage pendant une, demi-heure;e’étoit pour moi un médecin de Gannat, que madame de Noailles a mené àtontes ses eaux, qu’elle aime fort, qui est un fort honnête garçon, point char-latan ni préoccupé de rien, qu’elle m’a envoyé par pure et bonne amitié. Je le
’ Madame de Sovigné était appelée une. relique vivante à Sainte-Marie, h cause de madamede Chaulai, sa grand’mère, qui était dès lors regardée comme une sainte par les filles de htVisitation, qu'elle avait fondée.