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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVH.

20'2

Vous me parlez fort plaisamment de ce saint qui vous est tombé à Aix, etquon dépouille, à tout moment ; il faudrait avoir à point nommé son reliquaire.( >s poux, que vous appelez des reliques vivantes , mont choquée; car commeon ma toujours appelée de ce nom à Sainte-Marie 1 , je me suis vue en mêmetemps comme, votre M. Ribon. On maccable ici de présents ; cest la mode dupays, dailleurs la vie ne coûte rien du tout : enfin, trois sons deux pou-lets, et tout à proportion. Il y a trois hommes qui ne sont occupés que de merendre serv ice, Bayard, Saint-Hérem et la Fayette ; comme je vous fais souventpayer pour moi, noubliez pas de mécrire quelque mot qui les regarde. Adieu,mon ange : aimez-moi bien toujours ; je vous assure que vous naimez pasune ingrate.

A LA MÊME

A Vichy, jeudi 28 mai tC70.

Je reçois deux de vos lettres: lune me vient du côté de Paris, et lautre deLyon. Vous êtes privée dun grand plaisir, de ne faire jamais de pareilles lec-tures. Je ne sais vous prenez tout ce que vous dites ; mais cela est dun agré-ment et dune justesse à quoi lon ne saccoutume point. Vous avez raison decroire que jécris sans effort, et que mes mains se portent mieux : elles ne seferment point encore, et le dedans des mains est fort enflé, et les doigts aussi.Cela me fait trembloter, et me fait de la plus méchante grâce du monde dansle bon air des bras et des mains ; mais je tiens très-bien une plume, et cest cequi me fait prendre patience. Jai commencé aujourdhui la douche ; cest uneassez bonne répétition du purgatoire. On est toute nue dans un petit lieu sou-terrain, lon trouve un tuyau de cette eau chaude, quune femme vous faitaller vous voulez. Cet état, lon conserve à peine une feuille de figuierpour tout habillement, est une chose assez humiliante. Javois voulu mes deux-femmes de chambre, pour voir encore quelquun de connoissanee. Derrière unrideau se met quelquun qui vous soutient le courage pendant une, demi-heure;eétoit pour moi un médecin de Gannat, que madame de Noailles a mené àtontes ses eaux, quelle aime fort, qui est un fort honnête garçon, point char-latan ni préoccupé de rien, quelle ma envoyé par pure et bonne amitié. Je le

Madame de Sovigné était appelée une. relique vivante à Sainte-Marie, h cause de madamede Chaulai, sa grandmère, qui était dès lors regardée comme une sainte par les filles de htVisitation, qu'elle avait fondée.