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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉV1GAÊ

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A LA MÊME

A Paris, mercredi 29 juillet 1070.

Voici un changement de scène qui vous paraîtra aussi agréable qu’à tout lemonde. Je fus samedi à Versailles avec les Villars : voici comme cela va. Vousconnoissez la toilette de la reine, la messe, le dîner ; mais il n’est plus besoinde se faire étouffer, pendant que Leurs Majestés sont à table ; car à trois heuresle roi, la reine, Monsieur, Madame, Mademoiselle, tout ce qu’il y a de princeset de princesses, madame de Montespan, toute sa suite, tous les courtisans,toutes les dames, enfin ce qui s’appelle la cour de France, se trouve dans cebel appartement du roi que vous connoissez. Tout est meublé divinement, toutest magnifique. On ne sait ce que c’est que d’y avoir chaud; on passe d’unlieuà l’autre sans faire la presse nulle part. Un jeu de reversi donne la forme, etfixe tout. Le roi est auprès de Madame de Montespan, qui tient la carte ; Mon-sieur, la reine et madame de Soubise ; Dangeau et compagnie ; Langlée et com-pagnie ; mille louis sont répandus sur le tapis : il n’y a point d'autres jetons.Je voyois jouer Dangeau, et j’admirois combien nous sommes sots au jeu au-près de lui.Il ne songe qu’à son affaire, et gagne où les autres perdent; il nenéglige rien, il profite de tout, il n’est point distrait ; en un mot, sa bonne con-duite défie la fortune : aussi les deux cent mille francs en dix jours, les centmille écus en un mois, tout cela se met sur le livre de sa recette. 11 dit que jeprenois part à son jeu ; de sorte que je fus assise très-agréablement et très-commodément. Je saluai le roi, ainsi que vous me l’avez appris ; il me renditmon salut, comme si j’avois été jeune et belle. La reine me parla aussi long-temps de ma maladie que si c’eût été une couche. Elle me dit encore quelquesmots de vous. M. le Duc me fit mille de ces caresses à quoi il ne pense pas. Lemaréchal deLorges m’attaqua sous le nom du chevalier de Grignan, enfin tuttiquanti. Vous savez ce que c’est que de recevoir un mot de tout ce que l’ontrouve en son chemin. Madame de Montespan me parla de Bourbon ; elle mepria de lui conter Vichy, et comment je m’en étais trouvée ; elle me dit queBourbon, au lieu de guérir un genou, lui a fait mal aux deux. Je lui trouvai ledos bien plat, comme disoit la maréchale de la Meilleraie; mais sérieusementc’est une chose surprenante que sa beauté ; sa taille n’est pas la moitié si grossequ’elle étoit, sans que son teint, ni ses yeux, ni ses lèvres, en soient moinsbien. Elle étoit tout habillée de point de France; coiffée de mille boucles ; lesdeux des tempes lui tombent fort bas sur les joues ; des rubans noirs sur sa