LETTRES RE MADAME RE SÉYIGNË
507
venir devons. M. de Ncvers est toujours le même ; sa femme l’aime de passion.Mademoiselle de Thianges est plus régulièrement belle que sa sœur, et beau-coup moins charmante. M. du Maine est incomparable; son esprit étonne, etles choses qu’il dit ne se peuvent imaginer. Madame de Maintenon, madame deThianges, Guelfes et Gibelins *, songez que tout est rassemblé. Madame' melit mille honnêtetés, à cause de la bonne princesse de Tarenfe. Madame deMonaco étoit à Paris.
M. le prince fut voir l’autre jour madame de la Fayette ; ce prince, ail' cuispada ogni vittoria è certa. Le moyen de n’être pas flattée d’une telle estime, etd’autant plus qu’il ne la jette pas à la tète des dames? 11 parle delà guerre; ilattend des nouvelles comme les autres. On tremble un peu de celles d’Alle-magne. On dit pourtant que le Rhin est tellement enflé des neiges qui fondentdes montagnes, que les ennemis sont plus embarrassés que nous. Rambures aété tué par un de ses soldats, qui déchargeoit très-innocemment son mous-quet. Le siège d’Aire continue ; nous y avons perdu quelques lieutenants auxgardes et quelques soldats. L’armée de Schombergest en pleine sûreté. Ma-dame de Schomberg s’est remise à in’aimer ; le baron en profite par les ca-resses excessives de son général. Le petit glorieux n’a pas plus d’affaires que lesautres :-il pourra s’ennuyer ; mais, s’il a besoin d’une contusion, il faudra qu’ilse la fasse lui-même : Dieu les conserve dans cette oisiveté ! Voilà, ma très-chère, d’épouvantables détails; ou ils vous ennuieront beaucoup, ou ils vousamuseront : ils ne peuvent point être indifférents. Je souhaite que vous soyezdans cette humeur où vous me dites quelquefois : «Mais vous ne voulez pasme parler ; mais j’admire ma mère, qui aimeroit mieux mourir que de me direun seul mot. » Oh ! si vous n’êtes pas contente, ce n’est pas ma faute ; non plusque la vôtre, si je ne l’ai pas été de la mort de Ruyter. Il y a des endroits dansvos lettres qui sont divins. Vous meparlez très-bien du mariage 2 , il n’v a riende mieux : le jugement domine, mais c’est un peu tard. Conservez-moi dans lesbonnes grâces de M. de la Garde, et toujours des amitiés pour moi à M. deGrignan. La justesse de nos pensées sur votre départ renouvelle notreamitié.
Vous trouvez que ma plume est toujours taillée pour dire des merveilles dugrand maître. Je ne le nie pas absolument; il est vrai que je croyois m’êtremoquée de lui, en vous disant l’envie qu’il a de parvenir, et comme il veut êtremaréchal de France à la rigueur, comme du temps passé ; mais c’est que vousm’en voulez sur ce sujet : le monde est bien injuste.
1 Doux fameuses factions, nées clans le douzième siècle dont Euno tenait le parti des papes,et l’autre celui des Empereurs.
- On sait qu'il était alors question pour M. de la Garde d’un mariage, qui ne se fit point.