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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES RE MADAME RE SÉYIGNË

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venir devons. M. de Ncvers est toujours le même ; sa femme laime de passion.Mademoiselle de Thianges est plus régulièrement belle que sa sœur, et beau-coup moins charmante. M. du Maine est incomparable; son esprit étonne, etles choses quil dit ne se peuvent imaginer. Madame de Maintenon, madame deThianges, Guelfes et Gibelins *, songez que tout est rassemblé. Madame' melit mille honnêtetés, à cause de la bonne princesse de Tarenfe. Madame deMonaco étoit à Paris.

M. le prince fut voir lautre jour madame de la Fayette ; ce prince, ail' cuispada ogni vittoria è certa. Le moyen de nêtre pas flattée dune telle estime, etdautant plus quil ne la jette pas à la tète des dames? 11 parle delà guerre; ilattend des nouvelles comme les autres. On tremble un peu de celles dAlle-magne. On dit pourtant que le Rhin est tellement enflé des neiges qui fondentdes montagnes, que les ennemis sont plus embarrassés que nous. Rambures aété tué par un de ses soldats, qui déchargeoit très-innocemment son mous-quet. Le siège dAire continue ; nous y avons perdu quelques lieutenants auxgardes et quelques soldats. Larmée de Schombergest en pleine sûreté. Ma-dame de Schomberg sest remise à inaimer ; le baron en profite par les ca-resses excessives de son général. Le petit glorieux na pas plus daffaires que lesautres :-il pourra sennuyer ; mais, sil a besoin dune contusion, il faudra quilse la fasse lui-même : Dieu les conserve dans cette oisiveté ! Voilà, ma très-chère, dépouvantables détails; ou ils vous ennuieront beaucoup, ou ils vousamuseront : ils ne peuvent point être indifférents. Je souhaite que vous soyezdans cette humeur vous me dites quelquefois : «Mais vous ne voulez pasme parler ; mais jadmire ma mère, qui aimeroit mieux mourir que de me direun seul mot. » Oh ! si vous nêtes pas contente, ce nest pas ma faute ; non plusque la vôtre, si je ne lai pas été de la mort de Ruyter. Il y a des endroits dansvos lettres qui sont divins. Vous meparlez très-bien du mariage 2 , il nv a riende mieux : le jugement domine, mais cest un peu tard. Conservez-moi dans lesbonnes grâces de M. de la Garde, et toujours des amitiés pour moi à M. deGrignan. La justesse de nos pensées sur votre départ renouvelle notreamitié.

Vous trouvez que ma plume est toujours taillée pour dire des merveilles dugrand maître. Je ne le nie pas absolument; il est vrai que je croyois mêtremoquée de lui, en vous disant lenvie quil a de parvenir, et comme il veut êtremaréchal de France à la rigueur, comme du temps passé ; mais cest que vousmen voulez sur ce sujet : le monde est bien injuste.

1 Doux fameuses factions, nées clans le douzième siècle dont Euno tenait le parti des papes,et lautre celui des Empereurs.

- On sait qu'il était alors question pour M. de la Garde dun mariage, qui ne se fit point.