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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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r.08

LETTRES DE MADAME DE SÉVIENÉ

11 la bien été aussi pour la Brinvilliers ; jamais tant de crimes nont ététraités si doucement. Elle na pas eu la question ; on avoit si peur quelle neparlât, quon lui faisoit entrevoir une grâce, et si bien entrevoir, quelle necroyoit point mourir. Elle dit en montant sur léchafaud : C'est donc tout debon? Enfin elle est au vent, et son confesseur dit que cest une sainte. M. lepremier président (de Lamoignon) avoit choisi ce docteur 1 comme une mer-veille : il fut trompé par les intéressés, cétoit celui quon vouloit quil prît.Navez-vous point vus ces gens qui font des tours de cartes ? ils les mêlent fortlongtemps, et vous disent den prendre une telle quil vous plaira, et quils nesensoucient pas; vous la prenez, vous croyez lavoir prise, et cest justementcelle quils veulent : à lapplication, elle est juste. Le maréchal de Villeroidisoit lautre jour : Penaufier sera ruiné de cette affaire-ci; le maréchal deGramont répondit : Il faudra qu'il supprime sa table*: voilà bien des épi-grammes. Je suppose que vous savez quon croit quil y a cent mille écus ré-pandus pour faciliter toutes choses : linnocence ne fait guère de telles profu-sions. Onne peut écrire tout ce quon sait; ce sera pour une soirée. Rien nestsi plaisant que tout ce que vous dites sur cette horrible femme. Je crois quevous avez contentement ; car il nest pas possible quelle soit en paradis : savilaine âme doit être séparée des autres. Assassiner est le plus sûr, nous som-mes de votre avis cest une bagatelle en comparaison dêtre huit mois à tuerson père, et à recevoir toutes ses caresses et toutes ses douceurs, à quoi elle nerépondoit quen doublant toujours la dose.

Contez à M. larchevêque ( dArles ) ce que ma fait dire M. le premier pré-sident pour ma santé. Jai fait voir mes mains et quasi mes genoux à Langeron,afin quil vous en rende compte. Jai dune manière de pommade qui me gué-rira, à ce quon massure ; je naurai point la cruauté de me plonger dans lesang dun bœuf que la canicule ne soit passée. Cest vous, ma fille, qui meguérirez de tous mes maux. Si M. de Grignan pouvoit comprendre le plaisirquil me fait dapprouver votre voyage, il seroit consolé par avance de sixsemaines quil sera sans vous.

Madame de la Fayette nest point mal avec madame de Schomberg. Cettedernière me fait des merveilles, et son mari à mon fils. Madame de Villarssonge tout de bon à sen aller en Savoie ; elle vous trouvera en chemin. Corbi-nelli vous adore, il nen faut rien rabattre ; il a toujours des soins de moi admi-rables. Le bien bon vous prie de ne pas douter de la joie quil aura de vousvoir ; il est persuadé que ce remède mest nécessaire, et vous savez lamitié

* M. Pirot, docteur en Sorbonne.

* 11 nen fut pas ainsi : car, après son acquittement, il rentra dans tous ses emplois.