LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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A LA MEME
A Paris, vendredi 25 septembre 1070,chez madame de Coulanges.
En vérité, nia fille, voici une pauvre petite femme bien malade ; c’est, le on-zième de son mal, qui lui prit à Chaville en revenant de Versailles. Madame leTellier fut frappée en même temps qu’elle, et revint en diligence à Paris, oùelle reçut hier le viatique. Beau}eu (la demoiselle de madame de Coulanges)fut frappée du même trait; elle a toujours suivi sa maîtresse; pas un remèden’a été ordonné dans la chambre, qui ne l’ait été dans la garde-robe ; un lave-ment, un lavement ; une saignée, une saignée ; Notre-Seigneur, Notre-Seigneur ;tous les redoublements, tous les délires, tout étoit pareil : mais Dieu veuille quecette communauté se sépare ! On vient de donner l’extrême-onction à Beaujeu,et elle ne passera pas la nuit. Nous craignons demain le redoublement de ma-dame de Coulanges, parce que c’est celui qui figure avec celui qui emportecette pauvre fdle. En vérité, c’est une terrible maladie ; mais, ayant vu de quellefaçon les médecins font saigner rudement une pauvre personne, et sachant queje n’ai point de veines, je déclarai hier au premier président de la cour desaides, qui me vint voir, que si je suis jamais en danger de mourir je le prieraide m’amener M. Sanguin dès le commencement ; j’y suis très-résolue. Il n’y aqu’à voir ces messieurs pour ne vouloir jamais les mettre en possession de soncorps : c’est de l’arrière-main qu’ils ont tué Beaujeu. J’ai pensé vingt fois àMolière depuis que je vois tout ceci. J’espère cependant que cette pauvre femmeéchappera, malgré tous leurs mauvais traitements : elle est assez tranquille, etdans un repos qui lui donnera la force de soutenir le redoublement de cettenuit.
J’ai vu madame de Saint-Géran ; elle n’est nullement déconfortée 1 . Sa mai-son sera toujours un réduit cet hiver : M. de Grignan y passera ses soiréesamoureusement. Elle s’en va à Versailles, comme les autres. Je vous assurequ’elle prétend jouir de ses épargnes, et vivre sur sa réputation acquise ; delongtemps elle n’aura épuisé ce fonds. Elle vous fait mille amitiés ; elle est en-graissée : elle est fort bien. Je vous conjure, ma fille, de faire encore mes ex-cuses au grand Roquesante, si je ne lui fais pas réponse. Vous me mandez desmerveilles de son amitié ; je n’en suis nullement surprise, connaissant son cœur
1 D» départ de madame de Villars.
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