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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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lettres de madame de sévignê

51a

11 laisse à la plume de M. de Pomponne toute la liberté de sétendre sur un sibeau sujet. On dit que ce petit agent sest évadé : ainsi cette affaire va dormirjusquau retour du courrier.

A LA MÊME

A Livry, mercredi 7 octobre 1676.

Je vous écris un peu à l'avance , comme on dit en Provence, pour vous direque je revins ici dimanche, afin dachever le beau temps et de me reposer. Jemy trouve très-bien, et jy fais une vie solitaire qui ne me déplaît pas, quandcest pour peu de temps. Je vais aussi faire quelques petits remèdes âmes mains,purement pour lamour de vous, car je nai pas beaucoup de foi ; et cest tou-jorrs dans cette vue de vous plaire quejeme conserve, étanttrès-persuadée quelheure de ma mort ne peut ni avancer ni reculer ; mais je suis les conduites ordi-naires de la bonne petite prudence humaine, croyant même que cest par ellequon arrive aux ordres de la Providence. Ainsi, ma fille, je ne négligerai rien,puisque tout me paroît comme une obéissance nécessaire. Voilà qui est bien sé-rieux ; mais voici la suite de mon séjour à Paris de près de quinze jours. Voussavez ce que je fis le vendredi, et comme jallai chezM. de Pomponne. Nousavons trouvé, M. dHacqueville et moi, que vous devez être contents du règle-ment, puisque enfin le roi veut que le lieutenant soit traité comme le gouver-neur ; et quon se trouve à louverture de lassemblée comme on a fait par lepassé : voilà une grande affaire. Le samedi, M. et madame de Pomponne, ma-dame deVins, dHacqueville et labbé de Feuquières vinrent me prendre pouraller nous promener à Conflans 1 . Il faisoit très-beau. Nous trouvâmes cette mai-son cent fois plus belle que du temps de M. de Richelieu. 11 y a six fontainesadmirables, dont la machine tire leau de la rivière, et ne finira que lorsquilny aura pas une goutte deau. On pense avec plaisir à cette eau naturelle, etpour boire, et pour se baigner quand on veut. M. de Pomponne étoit gai ;nous causâmes et nous rîmes extrêmement. Avec sa sagesse, il trouvoit partoutun air de cathédrale 2 , qui nous réjouissoit beaucoup. Cette petite partie nousfit plaisir à tous ; vous ny fûtes point oubliée.

La vision de la bonne femme passe à vue dœil, mais cest sans croire quil yait plus autre chose que la crajnte qui attache à Quanto. Pour le voyage de

1 Château situé sur les bords de la Seine.

2 La maison dont il sagit appartenait aüx archevêques de Paris.