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LETTRES DE MADAME DE SÉV1GMÎ
(juelle étoffe! vient-elle du ciel? il n’y en a point dépareille sur la terre. Unessaye le corps ; il est â peindre. Le roi arrive ; le tailleur dit : « Madame, il estl'ait pour vous. » On comprend que c’est une galanterie ; mais qui peutl’avoir faite? «C’est Langlée, dit le roi. — C’est Langlée assurément, dit ma-dame de Montespan; personne que lui ne peut avoir imaginé une telle ma-gnificence ; c/est Langlée, c’est Langlée. » Tout le inonde répète : « C’estLanglée; » les échos en demeurent d’accord, et disent: «C’est Langlée ; » etmoi, ma fille, je vous dis, pour être à la mode : « C’est Langlée. »
A LA MKMR
A I.ivrv, mercredi 25 novembre 1(>7(> v
Je me promène dans cette avenue ; je vois venir un courrier. Qui est-ce?C’est Pomier. Ah! vraiment voilà qui est admirable! «Et quand viendra mafille? — Madame, elle doit être partie présentement. — Venez donc, que jevous embrasse. Et votre don de l’assemblée? — Madame, il est accordé. — Acombien? —A huit cent mille francs. » Voilà qui est fort bien : notre pres-soir est bon, il n’y a rien à craindre ; il n’y a qu’à serrer, notre corde estbonne. Enfin, j’ouvre votre lette, et je vois un détail qui me ravit. Je recon-nois aisément les deux caractères, et je vois enfin que vous partez. Je ne vousdis rien sur la parfaite joie que j’en ai. Je vais demain à Paris avec mon fils ;il n’y a plus de danger pour lui. J’écris un mot à M. de Pomponne, pour luiprésenter notre courrier. Vous êtes en chemin par un temps admirable, maisje crains la gelée. Je vous enverrai un carrosse où vous voudrez. Je vais ren-voyer Pomier, afin qu’il aille ce soir à Versailles, c’est-à-dire à Saint-Ger-main. J’étrangle tout, car le temps presse. Je me porte fort bien ; je vous em-brasse mille fois, et le frater aussi.
A LA MÊME
A Paris, dimanche au soir. 15 décembre 1670.
Que ne vous dois-je point, ma chère enfant, pour tant de peines, de fati-gues, d’ennuis, de froid, de gelée, de frimas, de veilles? Je crois avoir souff'erltoutes ces incommodités avec vous ; ma pensée n’a pas été un moment séparéede vous, jevous ai suivie partout, et j’ai trouvé mille fois que je ne valois pas