LETTRES F)E MADAME DE S fi VIG X É
A LA MÈMI'L
A T.ivry, samedi 7> jniHol 1077.
Ilélas! ma chère, je suis fâchée de. votre pauvre petit enfant 1 ! il est impos-sible que cela ne touche. Ce n’estpas, comme vous savez, que j’aie compté sursa vie. Je le trouvois, sur la peinture qu’on m’en avoit faite, sans aucune espé-rance ; mais enfin c’est une perte pour vous ; en voilà trois. Dieu vous conservele seul qui vous reste! il me paraît déjà un fort honnête homme. J’aimeroismieux son bon sens et sa droite raison que toute la vivacité de ceux qu’on ad-mire à cet âge, et qui sont des sots à vingt ans. Soyez contente du vôtre, mafille, et menez-le doucement, comme un cheval qui a la bouche délicate, etsouvenez-vous de ce que je vous ai dit sur sa timidité. Ce conseil vient degens plus habiles que moi ; mais l’on sent qu’il est fort bon. Pour Pauline,j’ai une petite chose à vous dire ; c’est que, de la façon dont vous me la re-présentez, elle pourrait fort bien être aussi belle que vous : voilà justementcomme vous étiez. Dieu vous préserve d’une si parfaite ressemblance, etd’un cœur fait comme le mien! Enfin je vois que vous l’aimez, qu’elle cslaimable, et qu’elle vous divertit. Je voudrais bien pouvoir l’embrasser, etreconnoître ce chien de visage que fai vu quelque part.
Je suis ici depuis hier matin. J’avois dessein d’attendre Corbinelli au passage,et de le prendre au bout de l’avenue, pour causer avec lui jusqu’à demain. Nousavons pris toutes les précautions, nous avons envoyé à Claie, et il se trouvequ’il avoit passé une demi-heure auparavant. Je vais demain le voir à Paris, etje vous manderai des nouvelles de son voyage; car jen’achèverai cette lettreque mercredi. Ah ! ma très-chère, que je vous souhaiterais des nuits comme onles a ici ! quel air doux et gracieux ! quelle fraîcheur ! quelle tranquillité ! quelsilence ! Je voudrais pouvoir vous envoyer de tout cela, et que votre bise fût con-fondue. Vous me dites que je suis en peine de votre maigreur : je vous l’avoue ;c’est qu’elle parle et dit votre mauvaise santé. Votre tempérament, c’est d’êtregrasse; si ce n’est, comme vous dites, que Dieu vous punisse d’avoir voulu dé-truire une si belle santé et une machine si bien composée : c’est une si granderage que de pareils attentats, que Dieu est juste quand il les punit ; maisceux qui en sont affligés ont, ce me semble, beaucoup de raison de l’être.Vous voulez me persuader la dureté de votre cœur, pour me rassurer sur la
1 L'enfant né en lévrier 1070, à huit mois.
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