LETTRES RE .MADAME RE SÉVH'.NÉ
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qucje vous écrivisse tout ceci une seule fois pour soulager mon cœur, et pourvous dire qu’à la première occasion nous ne nous mettions plus dans le casqu’on vienne nous faire l’abominable compliment de. nous dire, avec toute sorted’agrément, que, pour être fort bien, il faut ne nous revoir jamais. J’admirela patience qui peut souffrir la cruauté de cette pensée.
Vous m’avez lait venir les larmes aux yeux en me parlant de votre petit 1 . Hé-las ! le pauvre enfant! le moyen de le regarder en cet état? Je ne me dédispoint de ce que j’en ai toujours pensé ; mais je crois que par tendresse on de-vrait souhaiter qu’il fût déjà où son bonheur l’appelle. Pauline me paraît digned’être votre jouet ; sa ressemblance même ne vous déplaira point, du moins jel’espère. Ce petit nez carré est une belle pièce à retrouver chez vous 2 * . Je trouveplaisant que les nez de Grignan n’aient voulu permettre que celui-là, et n’aientpoint voulu entendre parler du vôtre. C’eût été bien plus tôt fait ; mais ils onteu peur desextrémités, et n’ont point craint cette modification. Le petit marquisest lortjoli, et, pour n’être pas changé en mieux, il ne faut pas que vous en ayezdu chagrin. Parlez-moi souvent de ce petit peuple, et de l’amusement que vousy trouvez. Je revins dimanche de Livry. Je n’ai point vu le coadjuteur, ni au-cun Grignan depuis que je suis ici. Je laisse à la Garde à vous mander les nou-velles. Il me semble que tout est comme auparavant. lo est dans les prairies entoute liberté, et n’est observée par aucun Argus; Junon, tonnante et triom-phante 5 . Corbinelli revient 4 ; je m’en vais dans deuxjours le recevoir à Livry.Le cardinal l’aime autant que nous ; le gros abbé m’a montré des lettres plai-santes qu’ils vous écrivent. Enfin, après avoir bien tourné, notre âme est verte;(/a été un grand jeu pour Son Eminence, qu’un esprit neuf comme celui denotre ami. Adieu, ma très-chère, continuez de m’aimer; instruisez-moi devous en peu de mots, car je vous recommande toujours de retrancher vosécritures. Pour moi, je n’ai que votre commerce uniquement, et j’écris unelettre à plusieurs reprises. Je crois que madame de Coulanges n’ira point àLyon; elle a trop d’affaires ici. Oh! que je fais de poudre! D’où vient quevous avez une sœur 5 , et que ce n’est pas madame de Rocbebonnc? Je voussouhaiterois pour l’une les mêmes sentiments que pour l’autre; mais il mesemble que ce n’est pas tout à fait la même chose.
1 11 s’agissait ici du petit eulant venu ù huit mois.
- Allusion au nez de madame de Sévigné, qui était un peu carré.
5 Madame de Ludres et madame de JJontespan.
4 Do Coimnercy, où il était allé voir le cardinal de ltetz.
I.a marquise de Saint-Andiol, sœur de M. de Grignan.