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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES RE .MADAME RE SÉVH'.

32X

qucje vous écrivisse tout ceci une seule fois pour soulager mon cœur, et pourvous dire quà la première occasion nous ne nous mettions plus dans le casquon vienne nous faire labominable compliment de. nous dire, avec toute sortedagrément, que, pour être fort bien, il faut ne nous revoir jamais. Jadmirela patience qui peut souffrir la cruauté de cette pensée.

Vous mavez lait venir les larmes aux yeux en me parlant de votre petit 1 . Hé-las ! le pauvre enfant! le moyen de le regarder en cet état? Je ne me dédispoint de ce que jen ai toujours pensé ; mais je crois que par tendresse on de-vrait souhaiter quil fût déjà son bonheur lappelle. Pauline me paraît dignedêtre votre jouet ; sa ressemblance même ne vous déplaira point, du moins jelespère. Ce petit nez carré est une belle pièce à retrouver chez vous 2 * . Je trouveplaisant que les nez de Grignan naient voulu permettre que celui-, et naientpoint voulu entendre parler du vôtre. Ceût été bien plus tôt fait ; mais ils onteu peur desextrémités, et nont point craint cette modification. Le petit marquisest lortjoli, et, pour nêtre pas changé en mieux, il ne faut pas que vous en ayezdu chagrin. Parlez-moi souvent de ce petit peuple, et de lamusement que vousy trouvez. Je revins dimanche de Livry. Je nai point vu le coadjuteur, ni au-cun Grignan depuis que je suis ici. Je laisse à la Garde à vous mander les nou-velles. Il me semble que tout est comme auparavant. lo est dans les prairies entoute liberté, et nest observée par aucun Argus; Junon, tonnante et triom-phante 5 . Corbinelli revient 4 ; je men vais dans deuxjours le recevoir à Livry.Le cardinal laime autant que nous ; le gros abbé ma montré des lettres plai-santes quils vous écrivent. Enfin, après avoir bien tourné, notre âme est verte;(/a été un grand jeu pour Son Eminence, quun esprit neuf comme celui denotre ami. Adieu, ma très-chère, continuez de maimer; instruisez-moi devous en peu de mots, car je vous recommande toujours de retrancher vosécritures. Pour moi, je nai que votre commerce uniquement, et jécris unelettre à plusieurs reprises. Je crois que madame de Coulanges nira point àLyon; elle a trop daffaires ici. Oh! que je fais de poudre! D vient quevous avez une sœur 5 , et que ce nest pas madame de Rocbebonnc? Je voussouhaiterois pour lune les mêmes sentiments que pour lautre; mais il mesemble que ce nest pas tout à fait la même chose.

1 11 sagissait ici du petit eulant venu ù huit mois.

- Allusion au nez de madame de Sévigné, qui était un peu carré.

5 Madame de Ludres et madame de JJontespan.

4 Do Coimnercy, il était allé voir le cardinal de ltetz.

I.a marquise de Saint-Andiol, sœur de M. de Grignan.