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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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Lettres de madame de sévigné

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révérence : « Monsieur,"vous le voulez donc, j’en suis au désespoir 1 .» Celleapplication est juste et trop aisée à faire, je n’en dirai pas davantage.

Mercredi au soir, après avoir écrit, je fus priée, avec toutes sortes d’amitiés,d’aller souper chez Gourville avec mesdames de Scbornberg, de Frontenac, deCoulanges, M. le Duc, MM. delà Rochefoucauld, Barillon, Briole, Coulanges,Sévigné. Le maître du logis nous reçut dans un lieu nouvellement rebâti, lejardin deplain-pied de l’hôtel de Condé, des jets d’eau, des cabinets, des alléesen terrasses, six hautbois dans un coin, six violons dans .un autre, des flûtesdouces un peu plus près, un souper enchanté, une basse de viole admirable,une lune qui fut témoin de tout.Si vous ne haïssiez pointa vous divertir, vousregretteriez de n’avoir point été avec nous. Il est vrai que le même inconvé-nient du jour que vous y étiez arriva et arrivera toujours; c’est-à-dire qu’onassemble une très-bonne compagnie pour se taire, et à condition de ne pasdire un mot. Barillon, Sévigné et moi nous en rîmes, et nous pensâmes à vous.Le lendemain, qui était jeudi, j’allai au Palais, et je fis si bien, le bon abbé ledit ainsi, que j’obtins une petite injustice, après en avoir souffert beaucoup degrandes, par laquelleje toucherai deux cents louis, en attendant sept centsautrcs,que je devrais avoir il y a huit mois, et qu’on dit que j’aurai cet hiver. Aprèscette misérable petite expédition, je vins le soir ici me reposer, et me voilàrésolue d’y demeurer jusqu’au 8 du mois prochain, qu’il faudra m’aller pré-parer pour aller en Bourgogne et à Vichy. J’irai peut-être dîner quelquefoisà Paris. Madame de la Fayette se porte mieux. J’irai à Pomponne demain ; Jegrand d’Ilacqueville y est dès hier; je le ramènerai ici. Le frater va chez labelle, et la réjouit fort; elle est gaie naturellement. Les mères lui font aussiune très-bonne mine.

Corbinelli me viendra voir ici ; il a fort approuvé et admiré ce que vousmandez de cette métaphysique, et de l’esprit que vous avez eu de la com-prendre. Il est vrai qu’ils se jettent dans de grands embarras, aussi bien quesur la prédestination et sur la liberté. Corbinelli tranche plus hardiment quepersonne; mais les plus sages se tirent d’affaire par un altiludo, ou par im-poser silence, comme notre cardinal. Il y a le plus beau galimatias que j’aieencore vu au vingt-sixième article du dernier tome des Essais de morale, dansle traité de tenter Dieu. Cela divertit fort; et quand d’ailleurs on est soumise,que les mœurs n’en sont pas dérangées, et que ce n’est que pour confondre lesfaux raisonnements, il n’y a pas grand mal, car, s’ils vouloient se taire, nous nedirions rien. Mais de vouloir à toute force établir leurs maximes, nous tra-duire saint Augustin, de peur que nous ne l’ignorions, mettre au jour tout ce

1 Vojcz le Mariage forcé, comédie de Molière, scène xvi.