LE T THES DE .MADAME DE SEYUGNK
qu’il y a de plus sévère, et puis conclure comme le V. lîauny 1 2 , de peur deperdre le droit de gronder, il est vrai que cela impatiente; et pour moi, je sens<[iie je fais comme Corbinelli. Je veux mourir, si je n’aime mille fois mieux lesjésuites ; ils sont au moins tout d’une pièce, uniformes dans la doctrine et dansla morale. Nos frères disent bien, et concluent mal : ils ne sont point sincères,me voilà dans Escobar. Ma fille, vous voyez bien que je me joue et que je medivertis.
J’ai laissé Beaulieu avec le copiste deM. delà Garde ; il ne quitte point monoriginal. Je n’ai eu cette complaisance pourM. de la Garde qu’avec des peinesextrêmes; vous verrez, vous verrez ce que c’est que ce barbouillage. Je sou-haite que les derniers traits soient plus heureux; mais hier c’étoit quelquechose d’horrible. Voilà ce qui s’appelle vouloir avoir une copie de ce beau por-trait de madame de Grignan; et je suis barbare quand je le refuse. Oh bien,je ne l’ai pas refusé; mais je suis bien aise de ne jamais rencontrer une telleprofanation du visage dénia fille. Ce peintre est un jeune homme de Tournai,à qui M. de la Garde donne trois louis par mois. Son dessein a été d’abord delui faire peindre des paravents; et linalement c’est Mignard qu’il s’agit decopier. 11 y a un peu du veau de Poissy à la plupart de ces sortes de pen-sées-là; mais chut, car j’aiine très-fort celui dont je parle.
Je voudrais, ma tille, que vous eussiez un précepteur pour votre enfant ;c’est dommage de laisser son esprit inculto. Je ne sais s’il n’est pas encore tropjeune pour le laisser manger de tout ; il faut examiner si les enfants sont descharretiers, avant que de les traiter comme des charretiers : on court risqueautrement de leur faire de pernicieux estomacs, et cela tire à conséquence.
A LA MÊME
A Livry, vendredi 25 juillet 11)77.
Le baron est ici, et ne me laisse pas mettre le pied à terre, tant il me mènerapidement dans les lectures que nous entreprenons : ce n’est cependant qu’a-près avoir fait honneur à la conversation. Don Quichotte, Lucien, les petiteslettres % voilà ce qui nous occupe. Je voudrais de tout mon cœur, ma tille, quevous eussiez vu de quel air et de quel ton il s’acquitte de cette dernière lecture ;
1 Jésuite tourné en ridicule dans les Lettres provinciales.
2 Les Lettres provinciales.