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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÊV1GNÊ

r.-i/t

>J. DE SÉ VIGNE

Ali ! pauvre esprit 1 vous n’aimez peint Homère ! Les ouvrages lesplus parfaitsvous paraissent dignes de mépris, les beautés naturelles ne vous touchentpoint : il vous faut du clinquant ou des petits corps b Si vous voulez avoirquelque repos avec moi, ne lisez point Virgile; je ne vous pardonnerais jamaisles injures que vous pourriez lui dire. Si vous vouliez cependant vous faireexpliquer le sixième livre et le neuvième, où est l’aventure de Nisus etd’Eu-ryalus, et le onze et le douze, je suis sûr que vous y trouveriez du plaisir : Tur-nus vous paraîtrait digne de votre estime et de votre amitié ; et, en un mot,comme je vous connois, je craindrois fort pour M. de Grignan qu’un pareilpersonnage ne vînt aborder en Provence ; mais moi qui suis bon frère, je voussouhaiterais du meilleur de mon cœur une telle aventure : puisqu’il est écritque vous devez avoir la tête tournée, il vaudrait mieux que ce fût de cette sorteque par Vïndéfectibüité delà matière* et parles négations non conversibles'’.Il est triste de n’être occupée que d’atomes et de raisonnements si subtils(jue l’on n’y puisse atteindre.

Au reste, ce serait une chose curieuse que je vous dusse mon mariage ; il nevous manque plus que cela pour être une sœur bien différente des autres, etil n’v a que cette suite qui puisse répondre à tout ce que vous avez fait jusqu’icisur mon sujet. Quoi qu’il puisse arrive)', je vous assure que cela n’augmenterapoint ma tendresse ni ma reconnoissance pour vous, ma belle petite sœur.

MADAME DE SÉVKiNÉ

Le bon abbé vous assure de son éternelle amitié. Adieu, ma chère enfant. LaMouche 4 est à la cour, c’est une fatigue; mais que faire? M. de Schomberg 1 2 3 4 5

1 On sait que madame de Grignan aimait la philosophie de Descartes, et qu’elle en taisait saprincipale étude.

2 Cette expression appartient à la doctrine cartésienne, fondée sur les axiomes : Tout estplein, il ny a point de vide.

3 Pour l’intelligence de ces termes barbares, on peut voir la Logique de Port-Royal, secondepartie, ch. xx.

4 Madame de Coulanges.

5 Le maréchal de Schomberg était demeuré presque seul avec l’état-major cic soii armée,laquelle se trouvait réduite à rien par les différents détachements qui en avaient été tirés pourgrossir l’armée du maréchal deCréqui.