Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
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LETTRES DE M \DAME DE SÉVlf.NÉ 5.'",

est toujours vers la Meuse avec son train, c’est-à-dire tout seul tête à tête.Madame de Coulanges disoit l’autre jour qu’il falloit donner à M. de Coulangesl’intendance de cette armée. Quand je verrai la maréchale (de Schomberg), jelui dirai des douceurs pour vous. M. le Prince est dans son apothéose de Chan-tilly ; il vaut mieux là que tous vos héros d’Homère. Vous nous les ridiculisezextrêmement : nous trouvons, comme vous dites, qu’il y a de la feuille quichante à tout ce mélange des dieux et des hommes ; cependant il faut respecterle P. le Bossu. Madame de la Fayette commence à prendre des bouillons,sans en être malade; c’est ce qui faisoit craindre le dessèchement.

A LA MÊME

A Livry, mardi, en attendant mercredi 4 août 1677,

Je vins ici samedi matin, comme je vous Pavois mandé. La comédie 1 devendredi nous réjouit beaucoup ; nous trouvâmes que c’étoit la représentationde tout le monde : chacun a ses visions p lus ou moins marquées. Une des miennesprésentement, c’est de ne me point encore accoutumer à cette jolie abbaye, del’admirer toujours comme si je ne l’avois jamais vue, et de trouver que vousm’étes bien obligée de la quitter pour aller à Vichy. Ce sont de ces obligationsque je reproche au bon abbé, quand j’ai écrit deux ou trois lettres en Bretagnepour mes affaires sur le même ton. Vous êtes bien ingrate de dire que vousvoyez toujours cette écritoire en l’air, et que j’écris trop. Vous ne me parlezpoint de votre santé : c’est pourtant un petit article que je ne trouve pas à né-gliger. Tant que vous serez maigre, vous ne serez point guérie ; et, soit par lesang échauffé et subtilisé, soit par la poitrine, vous devez toujours craindre ledessèchement. Je souhaite donc qu’on ait un peu de peine à vous lacer, pourvuque la crainte d’engraisser ne vous jette pas dans la pénitence, comme l’annéedernière, car il faut songer à tout ; mais cette crainte ne peut pas entrer deuxfois dans une tête raisonnable.

Au reste, vous avez des lunettes meilleures que celles de l’abbé : vous voyezassurément tout le manège que je fais quand j’attends vos lettres. Je tourneautour du petit pont ; je sors de l ’humeur de ma fille , et je regarde par 17m-

1 Les Visionnaires de Dcsmarets, mauvaise pièce dont le succès fut prodigieux, jusque-làque Louis XIV en avait appris et joué le rôle principal. Molière n’y voyait qu’un sujet manqué:.An lieu des fous chimériques représentés par Desmarets, il aurait voulu peindre les (ravers etles folies du monde, c’est-à-dire des fous qu’on n’enferme pas.