Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
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LUTTRES DE MADAME DE SÉVIGNE

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preniez le meilleur parti et le plus conforme à/vos intérêts; peut-être queles miens sy rencontreront ; jen profiterai avec bien du plaisir.

Je seus la joie du bel abbé de se voir dans le château de ses pères, qui nefait que devenir tous les jours plus beau et plus ajusté. M. de la Garde, dont jeparle volontiers, parce que je laime, est cause encore de ces copies, dont jesuis vraiment au désespoir. Je vous assure que sans lui jeusse continué mebrutalité. Javois résisté à la faveur (à madame de Thianges), jai succombé àlamitié. Si je navois que vingt ans, je ne lui découvrirois pas ces foiblesses.Je me suis donc trouvée en presse, tout le monde criant contre moi. « Elle estfolle, disoit-on, elle estjalouse. M. de Saint-Géran naime-t-il point sa femme?11 a permis quon prît des copies de son portrait. Eh bien, on en aura un ori-ginal; il ne me sera pas refusé. Cela est plaisant quelle croie quil ny a quellequi doive avoir le portrait de sa tille. Je laurai plus beau que le sien. » Je neme serois guère souciée de toute cette clameur, si M. de la Garde ne sen étoitpoint mêlé : mais voilà la première peinte ; il nv a que celle- de chère...cest donc de laversion quon a pour les autres. Oh bien, faites donc ! que lediantre vous emporte ! le voilà, faites-en tout ce que vous voudrez ! Vousririez bien si vous saviez tout le chagrin que cela me donne, et combienjenai sué. Vous qui naimez pas les portraits, jai compris que vous seriez lapremière à me ridiculiser. Ce quil yade plaisant, cest que cetoriginalnemeparoit plus entier ni précieux : cela me blesse le cœur. Allons, allons, il fautêtre mortifiée sur toutes choses ; voilà qui est fait, nen parlons plus. Cet ar-ticle est long et assez inutile, mais je nen ai pas été la maîtresse, non plus(jue de mon pauvre portrait.

A LA MÊME

A Paris, vendredi 15 août 1677.

Je ne veux plus parler du chagrin que vous mavez donné, en me disantque vous ne me causiez que des inquiétudes et des douleurs par votre pré-sence. Voudroit-on être capable de ne les avoir pas quand on aime aussi vé-ritablement que je vous aime? Cest une belle idée, et bien ressemblante auxsentiments que jai pour vous! Je dirois beaucoup de choses sur ce sujet,que je coupe court par mille raisons ; mais, pour y penser souvent, cest dequoi je ne vous demanderai pas congé.

Mon fils partit hier ; il est fort loué de cette petite équipée. Tel len blâmequi lauroit accablé sil nétoit point parti. Cest dans ces occasions que le