LUTTRES DE MADAME DE SÉVIGNE
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preniez le meilleur parti et le plus conforme à/vos intérêts; peut-être queles miens s’y rencontreront ; j’en profiterai avec bien du plaisir.
Je seus la joie du bel abbé de se voir dans le château de ses pères, qui nefait que devenir tous les jours plus beau et plus ajusté. M. de la Garde, dont jeparle volontiers, parce que je l’aime, est cause encore de ces copies, dont jesuis vraiment au désespoir. Je vous assure que sans lui j’eusse continué mebrutalité. J’avois résisté à la faveur (à madame de Thianges), j’ai succombé àl’amitié. Si je n’avois que vingt ans, je ne lui découvrirois pas ces foiblesses.Je me suis donc trouvée en presse, tout le monde criant contre moi. « Elle estfolle, disoit-on, elle estjalouse. M. de Saint-Géran n’aime-t-il point sa femme?11 a permis qu’on prît des copies de son portrait. Eh bien, on en aura un ori-ginal; il ne me sera pas refusé. Cela est plaisant qu’elle croie qu’il n’y a qu’ellequi doive avoir le portrait de sa tille. Je l’aurai plus beau que le sien. » Je neme serois guère souciée de toute cette clameur, si M. de la Garde ne s’en étoitpoint mêlé : mais voilà la première peinte ; il n’v a que celle-là de chère...c’est donc de l’aversion qu’on a pour les autres. Oh bien, faites donc ! que lediantre vous emporte ! le voilà, faites-en tout ce que vous voudrez ! Vousririez bien si vous saviez tout le chagrin que cela me donne, et combienj’enai sué. Vous qui n’aimez pas les portraits, j’ai compris que vous seriez lapremière à me ridiculiser. Ce qu’il yade plaisant, c’est que cetoriginalnemeparoit plus entier ni précieux : cela me blesse le cœur. Allons, allons, il fautêtre mortifiée sur toutes choses ; voilà qui est fait, n’en parlons plus. Cet ar-ticle est long et assez inutile, mais je n’en ai pas été la maîtresse, non plus(jue de mon pauvre portrait.
A LA MÊME
A Paris, vendredi 15 août 1677.
Je ne veux plus parler du chagrin que vous m’avez donné, en me disantque vous ne me causiez que des inquiétudes et des douleurs par votre pré-sence. Voudroit-on être capable de ne les avoir pas quand on aime aussi vé-ritablement que je vous aime? C’est une belle idée, et bien ressemblante auxsentiments que j’ai pour vous! Je dirois beaucoup de choses sur ce sujet,que je coupe court par mille raisons ; mais, pour y penser souvent, c’est dequoi je ne vous demanderai pas congé.
Mon fils partit hier ; il est fort loué de cette petite équipée. Tel l’en blâmequi l’auroit accablé s’il n’étoit point parti. C’est dans ces occasions que le