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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉV1GXÉ

meur de ma mère 1 * si la Beauce 1 ne revient point; et puis je remonte et re-viens mettre mon nez au bout de lallée qui donne sur le petit pont ; et, à forcede faire ce chemin, je vois venir cette chère lettre, je la reçois et la lis avectous les sentiments que vous devinez, car vous avez des lunettes pour tout.Jattends ce soir l'a seconde, et jy ferai réponse demain. Le bon abbé estétonné que les voyages dAix et de Marseille et le payement des gardes vousaient jetés dans une si excessive dépense. Vous disiez, il y a quinze jours, quevous étiez bien ; cest que vous aviez compté sans votre bote, qui fait toujoursses parties bien hautes, sans quon en puisse rien rabattre. Vous dites que votrechâteau est une grande ressource. Jen suis daccord ; mais jaimerois mieux ydemeurer par choix que dy être forcée par la nécessité. Vous savez ce que ditlabbé dEUiat : il a épousé sa maîtresse ; il aimoit Veret quand il nétoit pasobligé dy demeurer; il ne peut plus y durer, parce quil nose en sortir.Enfin, ma fille, je vous conseille de suivre toutes vos bonnes résolutions derègle et déconomie : cela ne rajuste pas une maison, mais cela rend la viemoins sèche et moins ennuyeuse.

Mercredi matin.

Je reçois votre lettre du 28 juillet. Il me semble que vous étiez gaie; votregaieté marque de la santé : voilà, ma très-chère, comme je tire ma consé-quence. Vous me priez daller à Grignan ; vous me parlez de vos melons, devos figues, de vos muscats. Ah ! jen mangerais bien ; mais Dieu ne veut pasque je fasse cette année un si agréable voyage. Vous ne ferez pas non plus celuide Vichy. Vous dites, ma chère enfant, que votre amitié nest pas trop visible encertains endroits ; la mienne ne lest pas trop aussi : il faut nous faire créditlune à lautre. Je vois fort bien la vôtre, et jen snis contente : soyez de mêmepour moi. Ce sont de ces choses que lon croit, parce quelles sont vraies, et deces vérités qui sétablissent, parce quelles sont des vérités.

Javois ouï parler confusément de cette lettre de M. de Montausier. Jetrouve, comme vous, son procédé digne de lui. Vous savez à quel point il meparaît orné de toutes sortes de vertus. On a voit cherché à le tromper; onavoitcorrompu son langage; on sest enfin redressé, et lui aussi ; il lavoue: cestune sincérité et une honnêteté de lancienne chevalerie. Voilà qui est doncfait, ma fille, vous êtes assurée davoir ces jeunes demoiselles 3 . Vous êtesune si grande quantité de bonnes têtes, quil ne faut pas douter que vous ne

1 .Nom de deux allées du pare de labbaye de Livry.

- Laquais de madame de Sévigné.

3 Mesdemoiselles de Grignan étaient nièces de madame la duchesse do Montausier.