LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ 7>'ù
mois de septembre. Si vous aviez été Noé, comme vous disiez l’autre jour,nous n’aurions pas trouvé tant d’embarras, ,1e veux vous dire un mot de masanté : elle est parfaite, les eaux m’ont fait des merveilles, et je trouve quevous vous êtes fait un dragon de cette douche : si j’avois pu le prévoir, je meserois bien gardée de vous en parler. Je n’eus aucun mal de tête ; je metrouvai un peu de chaleur à la gorge; et, comme je ne suois pas beaucoupla première fois, je me tins pour dit que je n’avois pas besoin do transpirercomme l’année passée : ainsi je me suis contentée de boire à longs traits,dont je me porte très-bien. Il n’v a rien de si bon que ces eaux.
A LA MÊME
A Paris, jeudi 7 octobre 1677.
On ne peut pas avoir pris des mesures plus justes que les vôtres pour mefaire recevoir votre lettre en sortant de carrosse. La voilà, je l’ai lue, etl’ai pré-férée à toutes les embrassades de l’arrivée. M. le coadjuteur, M. d’Hacqueville,le gros abbé M. de Coulanges, madame de la Troche, ont très-bien fait leurdevoir d’amis. Le coadjuteur et le d’Hacqueville m’ont déjà fait entendre l’ai-greur de Sa Majesté sur ce pauvre curé, et que le roi avoit dit à M. de Paris :« C’est un homme très-dangereux, qui enseignoitune doctrine pernicieuse : onm’a déjà parlé pour lui ; mais plus il a d’amis, plus je serai ferme à ne le pointrétablir. » Voilà ce qu’ils m’ont dit d’abord, qui faittoujours avoir une aversionhorrible contre nos pauvres frères. Vous m’attendrissez pour la petite (Pau-line de Grignan) ; je la crois jolie comme un ange : j’en serois folle. Je'crains,comme vous dites, qu’elle ne perde tous ses bons airs et tous ses bons tons avantque je la voie : ce sera dommage. Vos filles (de Sainte-Marie) d’Àix vous lagâteront entièrement : du jour qu’elle y sera, il faut dire adieu à tous ses char-mes. Ne pourriez-vous point l’amener? Hélas! on n’a que sa pauvre vie en cemonde : pourquoi s’ôter ces petits plaisirs-là? Je sais bien tout ce qu’il y a àrépondre là-dessus ; mais je n’en veux pas remplir ma lettre. Vous auriez dumoins de quoi loger cette jolie enfant ; car, Dieu merci, nous avons l’hôtel deCarnavalet 2 . C’est une affaire admirable ; nous y tiendrons tous, et nous auronsle bel air. Comme on ne peut pas tout avoir, il faut se passer des parquets et
1 L'abbé le Camus de Pontcarré.
- line CiiDuro-Sainte-Cntherine, ancien quartier dit du Marais.