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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE VIGNE

je ne le crois pas. Défaites-vous de cette pensée ; il est comme je le souhaite etcomme je le crois. Yoilà qui est dit, je nen parlerai plus; je vous conjure devous en tenir, et de croire vous-même quun mot, uri seul mot, sera toujourscapable de me remettre devant les yeux cette vérité qui est toujours dans le fondde mon cœur, et que vous y trouverez quand vous voudrez môter les illusions etles fantômes qui ne font quepasser. Maisje vous lai dit une fois, ma tille, ils mefont peur et me font transir, tout fantômes quils sont : ôtez-les-moi donc, ilvous est aisé ; et vous y trouverez toujours, dis toujours, le même cœur per-suadé du vôtre, cc cœur qui vous aime uniquement, et que vous, appelez votrebien avec justice, puisquil ne peut vous manquer. Finissons ce chapitre, qui neliniroit pas naturellement, la sourceétant inépuisable ; et parlons, ma chère en-fant, des fatigues infinies de votre voyage.

Pourquoi prendre la route de la Bourgogne, puisquelle est si cruelle? Cestla diligence, je comprends bien cela. Enfin, vous voilà arrivée àGrignan. jaireçu toutes vos lettres aimables de Chagny, de Châlons, du bateau de Lyon;jai tout reçu à la fois. Je comptois fort juste; et je vous vis arriver à Lyon. Jenavois pas vu M. de Gordes/ni la friponnerie de vous attacher à un grand ba-teau pour faire aller doucement, et épargner les chevaux; mais javois vu tousles compliments de Châlons ; javois vu le beau temps qui vous a accompagnéejusque-, le soleil et la lune faisant leur devoir à lenvi ; javois vu votre cham-bre chez madame de Rochebonne, mais je ne savois pas quelle eût une sibelle vue.

Je ne sais pas bien si cest le dimanche ou le lundi que vous êtes partie deLyon; maisje sais que très-assurément vous étiez hier au soir àGrignan, car jecompte sur lhonnêteté du Rhône. Vous voilà donc, ma très-chère, dans votrechâteau. Comment vous y portez-vous? Le temps est un peu changé ici depuisquatrejours ; la bise vous a-t-elle reçue? vous reposez-vous? Il faut un peu ra-paiser votre sang, qui a été terriblement ému pendant le voyage, et cest pourcela que le repos vous est absolument nécessaire. Pour moi, je 11e veux quunefeuille de votre écriture, aimant mieux prendre sur moi-même, car je préfèrevotre santé à toutes choses, à ma propre satisfaction, qui ne peut être solide quequand vous vous porterez bien. Je suis très-fort en peine de la santé de Montgo-bert ; Pair de Grignan ne lui est pas bon, et je la trouve très-estimable de sou-blier elle-même pour vous suivre.

Vous en pouvez dire autant pour M. de Grignan, car assurément dans cedernier voyage vous navez considéré uniquement que sa propre satisfaction,quil a même cachée longtemps sous ses manières polies : vous l'avez approfon-die, vous lavez observée et démêlée; et, dès que vous lavez aperçue un peuplus dun côté que de lautre, vous lui avez sacrifié votre santé, votre repos,