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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES 1)E MADAME DE SÉVIGNÉ

a aimé si démesurément, et qui a causé tous ses péchés véniels, ne lui devienneinsupportable par un caprice qui arrive souvent; cette trop grande libertédy être lui donnera du dégoût, et le fera souvenir que ce Pomponne a con-tribué à son malheur. Ne sera-ce point comme labbé dEfüat, qui, pour mar-quer son chagrin contre Veret, disoit quil avoit épousé sa maîtresse? Maisnon, car tout cela est fou, et M. de Pomponne est sage.

Vous me parlez de votre homme de la Trappe; quoi ! cétoit votre recteur deSaint-Andiol! vous devez avoir eu de grandes conversations avec lui : rien nestplus curieux que de savoir doriginal ce qui se passe dans cette maison.

Le dîner que vous me dépeignez est horrible ; je ne comprends point cettesorte de mortification : cest une juiverie, et la chose du monde la plus mal-saine. Les capucins que je vis à Pomponne en ordonnent partout. Je ne sais passi les pauvres gens en savent les conséquences ; mais ils ne croient rien de sisalutaire; ils disent quun peu desprit de sel dans ce qu'on boit chasseraitpour jamais toute sorte de néphrétique. Je crois que Yillebrune 1 avoit sentila vertu de ce présent du ciel. En vérité, je ne suis point édifiée de cette salemortification.

Vous me parlez toujours si bien du soin que vous avez de votre santé, que jene sais plus que vous dire. Dieu vous conserve cette attention dont vous sentezleffet! si vous en aviez eu ici une petite partie, nous aurions bien abrégé desdiscours. Celui que vous me faites de madame de Coulanges, et de son chagrincontre la Pare, à qui elle fait la mine, disant quil la trompée 2 , serait admi-rable à lui montrer, accompagné de lenvie que vous avez dapprendre de sesnouvelles, si vous naviez pas dit si franchement votre avis du goût de madamede Villars pour elle : cet endroit me fera cacher lautre, qui lauroit fortréjouie. Je vous prie de me reparler delle; car elle ne cesse de me prier devous faire mille compliments. Elle veut voir les endroits vous parlez devotre santé; elle y prend intérêt, et à son petit bon ami; il faut rendre toutcela. Je ne sais quelle disparate je vais faire, en vous disant que la Trousse nestpoint encore revenu ; je suis bien trompée, ou cest un péché quil faitcontrcles idées de lamour, des plus gros quil se fasse. Mon Dieu, quil y a de foliesdans le monde ! Il me semble que je vois quelquefois les loges et les barreauxdevant ceux qui me parient ; et je ne doute pas aussi quils ne voient lesmiens. Le bon abbé est dans la sienne, cest-à-dire sa loge, avec le plus grosrhume du monde ; cette longueur minquiète quelquefois ; il seroit bien plantéaux Rochers !

1 Cétait un ex-capucin qui se mêlait de médecine.

2 Madame de Coulanges ne pardonnait pas à la Fare davoir préféré la hassetlc à madame dela Sablière.