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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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mon amitié, vous en saurez la vérité. Je vous remercie donc de votre joli pré-sent, et je reçois comme une marque de votre tendresse le cas que vous faitesdu mien, quoique petit et inutile. Voilà les seuls chagrins que me donne mamédiocre fortune ; mais ils ne sont pas médiocres comme elle : jen suis péné-trée, et je regarde labondance de madame de Verneuil comme un plaisir fortau-dessus de sa principauté. Je viens de lui écrire; je ny avois pas encorepensé. Je nai point vu M. de Cordes ; jirai le chercher. Au reste, vous navezpas bien chaussé vos besicles sur les prophéties que vous faites : vous verreztoujours mesdames de Créqui et de Richelieu dames dhonneur; ce choix esttrop bon pour leur donner des compagnes ; jamais le roi na eu dessein dedonner les entrées et les honneurs de cette place à madame de Soubise, et cestpour lavoir cru et lavoir dit quelle est à Paris. Comme elle trouva dans lexpli-cation que tout cela se réduisoit à une augmentation de dix mille francs depension, elle se plaignit et parla ; voilà ce qui nous a paru. Les bons offices dece pays- nont pas manqué dêtre placés généreusement pendant son absence.Elle se cache, afin quau moins on ne la fasse plus parler. Mais cette rougeoleimaginée et cette parfaite solitude ne nous plaisent pas à nous autres specta-teurs. On croit pourtant que tout sadoucira ; mais voilà une belle noce dontelle na point été : cest quelque chose à une personne qui ne comprend pasquon puisse vivre ailleurs quà la cour.

M. de Marsillac est si extrordinairement occupé, et de sa cour, et de sachasse, quil est comme imbenecido ; il ne répond ni aux billets deM. de laRochefoucaud, ni à ceux de Langlade, quoiquil sagisse de ses propresaffaires. Ce nest pas que si M. de Grignan veut dîner avec lui, ou lui donnerles moyens de le servir, il ne retrouve alors son ancien ami ; cest de quoi sonpère massure tous les jours en vous faisant mille amitiés, et en demandantde vos nouvelles avec un soin très-obligeant. Madame de la Fayette y mêle en-core plus de tendresse, à cause de votre ancienne et nouvelle amitié. Cellede madame de Vins me paroît bien véritable; elle vous conjure de ne pointlui écrire : il faudrait en vérité ne vous guère aimer, pour vouloir contribuerau mal que cela vous fait. Quand je vais chez M. de Pomponne, ce nest plus,comme vous savez, que chez le plus honnête homme du monde, ce nest pluschez un ministre. On ne lui a pas encore donné sa somme entière. Je croisque madame de Vins ira bientôt à Saint-Germain, madame de Richelieu lasouhaité ; je la plains, ce voyage sera triste pour elle. Je ne maccoutumepoint à cette disgrâce.

Mon fils ne mécrit point; il nest pas encore revenu à Santés. Javois jus-quici tout mis sur mon compte, en disant quil achevoit mes affaires ; mais jecommence à succomber aux reproches amers de M. de la Trousse, qui me dit