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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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306 LETTRES DE MADAME DE SÉVIG3SÉ

pas, et que madame de Langeron, qui est làme de toute la parure de 1 hôtelde Coudé, en a été malade. En effet, voilà de ces sortes de choses dont on nedoit point se consoler. M. le duc, madame la duchesse et mademoiselle de Bour-bon avoient trois habits garnis de pierreries différentes pour les trois jours.Mais joubliois le meilleur, cest que l'épée de M. le Prince étoit garnie dediamants.

La famosa spada

AU cui vaiore ogni vittoria è certa.

La doublure du manteau du prince de Conti étoit de satin noir, piqué dediamants comme de la moucheture. La princesse étoit romanesquement belle,et parée, et contente.

Quil est doux de trouver dans un amant quon aimeUn époux que lon doit aimer !

A LA MÊME

A Paris, vendredi 19 janvier 1680.

Ce nest point une feuille que je demande, cest une page que jai voulu dire,cest une ligne, cest enfin ce qui ne vous peut faire aucune incommodité. Sivous êtes mal, ma chère enfant, vous êtes incapable décrire ; si vous êtesbien, tenez-vous tranquille, et craignez de retomber. Quand le temps est douxici, je pense quà Aix il est encore plus doux; mais cet air doux est trop subtil,et il vous incommode quelquefois comme la bise. Quand vous vous promenezpar ces beaux jours que je connois, y portez-vous cette douleur et cette pesan-teur? Nêtes-vous jamais sans plus ou moins de cette incommodité? Jadmirecomme on peut tourner uniquement sur une pensée, et comme tout le resteme paroît loin : cest bien précisément cette lunette qui approche et qui reculeles objets.

Il faut que je vous remercie de vos jolies étrennes : elles sont utiles ; je suisravie de les avoir, et le temps viendra que je vous en remercierai tous les joursintérieurement. Si elles changent un peu de couleur, je nen tirerai point defâcheuses conséquences pour votre amitié. Il nen est pas de même de mesmisérables petites étrennes : dès que je ne vous aimerai plus, elles deviendrontvertes comme du pré. Observez-les bien, ma fille; je me suis livrée à cettemarque indubitable; et, sans que je prenne le soin de vous parler jamais de