LETTRES DE MAD 4MB DE SÉVIGNÉ 405
petite soirée coûte plus de deux mille louis, et le tout pour cette jolie prin-cesse.
L’opéra ( Proserpine ) est au-dessus de tous les autres. Le chevalier ditqu’il vous a envoyé plusieurs airs et qu’il a vu un homme ( Quiriault) quidoit vous avoir envoyé les paroles. Vous en serez contente.
L’affaire des poisons est tout aplatie, on ne dit plus rien de nouveau. Le bruitest qu’il n’y aura point de sang répandu : vous ferez vos réflexions comme nous.L’abbé Colbert est coadjuteur de Rouen. On parle d’un voyage en Flandre. Onne sait pourquoi cette assemblée de troupes.
Le frère Ange a ressuscité le maréchal de Bellefonds ; il a rétabli sa poi-trine entièrement déplorée. Nous avons été voir, madame de Coulanges et moi,le grand maître [le duc du Lude), qui a pensé mourir depuis quinze jours : sagoutte étoit remontée, une oppression à croire qu’il alioit rendre le derniersoupir, des sueurs froides, une perte de connoissance ; il étoit aussi mal qu’onpeut l’être. Les médecins ne le secouroient point; il fît venir le frère Ange,qui l’a guéri et tiré de la mort avec les remèdes les plus doux et les plusagréables : l’oppression cessa, la goutte se rejeta sur les genoux et sur lespieds, et le voilà hors de danger.
Adieu, ma chère enfant. Je fais toujours cette même vie que vous savez,ou au faubourg 1 , ou avec ces bonnes veuves ; quelquefois ici ; quelquefois man-ger la poularde de madame de Coulanges, et toujours fort aise que le tempspasse et m’entraîne avec lui, afin de me redonner à vous.
A LA MÊME
A Paris, vendredi 16 février 1680.
Je suis toujours occupée avec raison de votre santé, ma chère enfant : j’aienvoyé à Montgobert une consultation que je fis l’autre jour avec le frère Ange.Il me semble qu’elle aura mieux pris son temps que n’auroit pu faire ma lettrepour vous proposer les remèdes dont il s’agit : j’attendrai la réponse de Mont-gobert, c’est-à-dire la vôtre ; mais c’est en cas que vous ne vous accommodiezpoint du lait : il se peut que vous en soyez trop peu nourrie, ou que votre sangsoit encore trop échauffé, pour pouvoir s’unir à la fraîcheur du lait; car, s’ilvous étoit bon, vous seriez guérie. Le frère Ange comprit parfaitement l’effet de
Chez madame de la Fayette.