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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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je crois quil seroit fort utile à quelquun qui aimeroit ces réflexions. Mais,dun autre côté, cette prévoyance, cette pénétration, cette prudence, cettejustesse à se défendre, cette habileté pour attaquer, le bon succès desabonneconduite, tout cela charme et donne une satisfaction intérieure qui pourroitbien nourrir lorgueil. A le regarder de ce côté-, je nen suis pas encorebien guérie, et je veux être encore un peu plus persuadée de mon imbécillité.

Nous sommes présentement occupés du voyage du roi : nous ne songionspas à M. de Luxembourg quatre jours après ; le tourbillon nous emporte, nousnavons pas le loisir de nous arrêter si longtemps sur une même chose : noussommes surchargés daffaires. Le roi a reçu plusieurs lettres de ces dames quiassurent que madame la Dauphine est bien plus aimable quon ne lavoit dit;elles en sont contentes au dernier point : elle est fille et petite-fille de deuxprincesses 1 fort caressantes : je ne sais si cest bien lair dici, nous verrons.Cette princesse dAllemagne reçut en passant le compliment des députés deStrasbourg; elle leur dit : «Messieurs, parlez-moi françois, je nentends pluslallemand. » Elle na point regretté son pays : elle est toute Françoise. Ellea écrit àM. le Dauphin avec des nuances de style, selon quelle a été près dêtresa femme, qui ont marqué bien de lesprit : cest à Monseigneur à mettre ladernière couleur, et à lui faire oublier le pays quelle quitte avec tant dejoie.Madame de Maintenon mande au roi que sa personne est aimable, sa tailleparfaite, et que parmi cette envie de dire toujours tout ce qui peut plaire, il ya bien de lesprit et de la dignité. Adieu, ma très-chère, il ne faut pas vousépuiser en lecture, non plus quen écriture : je souhaite que votre rhumeait passé légèrement par-dessus votre délicatesse.

A LA MÊME

A Pans, vendredi 1 er inal-s 1680

Je veux vous parler de lopéra : je ne lai point vu, je ne suis point cu jrieuse de me divertir; mais on dit quil est parfaitement beau. Bien des gensont pensé à vous et à moi : je ne vous lai point dit, parce quen me faisant Gérés,et vous Proserpine, tout aussitôt voilà M. de Grignan Pluton; et jai eu peurquil ne me fît répondre vingt mille fois par son chœur de musique: Une mèrevaut-elle un époux? Cest cela que jai voulu éviter; car pour le vers qui est

1 Lu princesse de Bavière était fille d'Adélaïde-Uenriette de Savoie, duchesse de Bavière, etpetite-fille do Henri IV par sa mère, Christine de France.