LETTRES 1)E MADAME DE SÉVIfiNÉ
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madame de Vins me fait être assez souvent avec elle, et, en vérité, on ne peutêtre mieux. La pauvre madame de la Fayette ne sait plus que faire d’elle-même;la perte de M. de la Rochefoucauld fait un si terrible vide dans sa vie, qu’elleen comprend mieux le prix d’un si agréable commerce. Tout le monde se con-solera, hormis elle, parce qu’elle n’a plus d’occupation, et que tous les autresreprennent leur place. Mademoiselle Scudéri est très-affligée de la mort deM. Fouquet *. Enfin, voilà cette vie qui a tant donné de peine à conserver : il vaurait beaucoup à dire là-dessus. Sa maladie a été des convulsions et des mauxde cœur sans pouvoir vomir. Je m’attends au chevalier pour toutes les nouvelles,et surtout pour celles de madame la Dauphine, dont la cour est telle que vousl’imaginez; vos pensées sont très-justes ; le roi y est fort souvent, cela écarte unpeu la presse. Adieu, ma très-chère et très-aimable; je suis plus à vous mille foisque je ne puis vous le dire.
A LA MÊME
À Paris, vendredi 5 avril 108!).
Vous m’écrivez une fort grande lettre de votre main; cela commence par medonner beaucoup d’inquiétudes, quand je pense au mal que cela vous fait. Vousm’aviez tant promis de vous ménager, que je comptois un peu sur les parolesque vous m’en donniez. Mais je ne puis m’empêcher d’être persuadée que vousme tiendrez celle de me venir voir cet hiver, et je veux croire que nous avonsdéjà passé plus de la moitié du temps que nous devons être séparées. J’admirecomme il passe, ce temps, quoique avec bien des inquiétudes et bien de l’ennui.Vous dites fort bien : il est quelquefois aussi bon de le laisser passer que de levouloir retenir . Pour moi, vous savez comme je le jette, et comme je le poussejusqu’à ce que vous soyez ici, et puis j’en suis avare quand vous y êtes, et audésespoir de voir passer les jours. Je vais avaler la Bretagne, et j’ai le bonheurde voir au delà le temps que nous arriverons, chacune de notre côté. Mettez-vous un peu tout cela dans la tête : c’est par là d’ordinaire qu’on en vient àl’exécution.
Vous me parlez enfin de la mort de M. de la Rochefoucauld; elle est encoretoute sensible en ce pays-ci, et M. de Marsillac n’a point encore pris la conte-nance d’un homme consolé; il remplit parfaitement le personnage du meilleur
' Bussy disait que Fouquet était mort d’apoplexie ; mais madame de Sévigné était plus àportée d’en être instruite par ses liaisons avec mademoiselle de Scudéri et Pellisspn.