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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SKVIGNÉ

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fils qui lut jamais, et dun (ils qui a perdu son intime ami en perdant son père.Jai fait vos compliments à madame de la Fayette. Ce nest plus la même per-sonne; je ne crois pas quelle puisse jamais ôter de son cœur le sentiment dunetelle perte; je lai sentie, et par moi, et par elle, et par les idées que javoisquil étoit un chemin qui pouvoit être bon pour vous. Voyez, je vous prie, laquantité de personnes considérables qui sont mortes depuis un an. Si jétois duconseil de la famille de M. Fouquet, je me garderois bien de faire voyager sonpauvre corps, comme on dit quils vont faire : je le ferois enterrez; il seroit àPignerol; et, après dix-neuf ans, ce ne seroit point de cette sorte que je vou-drais le faire sortir de prison. Je crois que vous êtes de mon avis.

Le chevalier est à son devoir; il partit fort en peine de votre santé. Je croisqueM.dÉvreux (V abbé de Grignan) ira se faire sacrer à Arles après lassemblée,et reviendra avec vous. En vérité, riennest si délicieux que son établissement;cest une maison de campagne que la Providence vous envoie. Le coadjuteur aeu de très-douces paroles sur la proposition doccuper la place 1 quavoit M. deMarseille. Cette réponse des ministres peut passer en quelque sorte pour uneassurance que Sa Majesté lapprouvera. Je crois que vous verrez bientôt madamede Vence; elle est partie ce matin toute triste de quitter Paris. Madame de Cou-langes est à Saint-Germain; nous avons su parles marchands forains quelle faitdes merveilles en ce pays-, quelle est avec ses trois amies 2 aux heures parti-culières : son esprit est une dignité dans cette cour. Si le vrai mérite encorepar-dessus lesprit y trouvoit sa place, vous auriez, sans vous flatter, un grandsujet de croire que vous y seriez fort bien. Cest une vie assez retirée que cellequon y mène : le soir, on tient le cercle un moment, comme vous faisiez à Aix,pour dire : me voilà; et du reste on est hors de la presse. Mais je fais tort auchevalier de vous mander ces sortes de choses. Adieu, ma chère belle; je suistoujours toute à vous; un peu ou beaucoup dinquiétude est inséparable de cettevérité; cette peine est attachée à lamitié que jai pour vous, comme le soin devotre santé devrait tenir à lamitié que vous avez pour moi.

M. de Coulanges trouve que vous navez pas fait assez de cas de son coupletsur vos beaux-frères et sur leur aîné. Il se surpasse en fait de chansons; il étoitjuste quil sy donnât tout entier. Mon fds entre dans la pensée défaire de néces-sité vertu, et il attendra avec patience extérieure que quelque jeune ambitieuxvienne rompre ses chaînes : cela nest pas aisé à trouver. Voilà deux prélats deGrignan qui viennent manger mon beurre de Bretagne. Que je suis aise de lesavoir en attendant mieux !

1 De président à l'assemblée des états de Provence. 11 fut eu effet nommé à cette présidence.4 Mesdames de Richelieu, de Maintenon et de Rochefort.