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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MAD A'ME DE SÉVIGNÉ

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clic y a causé très-délicieusement. On ne peut avoir plus desprit et dintelli-gence quen a cette princesse; elle se fait adorer de toute la cour : voilà unepersonne à qui on peut plaire, et avec qui le mérite peut faire un grandeffet,

A LA MÊME

A Paris, vendredi 12 avril 1680.

Vous me parlez de madame laDauphine ; le chevalier doitvous instruire bienmieux que moi. Il me paroît quelle ne sest point condamnée à être cousueavec la reine: elles ont été à Versailles ensemble; mais les autres jours ellessc promenoient séparément. Le roi va souvent laprès-dînée chez la Dauphine,et il ny trouve point de presse. Elle tient son cercle depuis huit heures du soirjusquà neuf et demie; tout le reste est particulier, elle est dans ses cabinetsavec ses dames. La princesse de Gonti y est presque toujours; comme elle estencore enfant, elle a grand besoin de cet exemple pour se former. Madame laDauphine-est une merveille desprit, de raison et de bonne éducation ; elle parlefort souvent de sa mère avec beaucoup de tendresse, et dit quelle lui doit toutson bonheur, par le soin quelle a eu de la bien élever. Elle apprend à chanter,à danser, elle lit, elle travaille ; cest une personne enfin. Il est vrai que jai eula curiosité de la voir ; jy fus donc avec madame de Ghaulnes et madame deKerman. Elle étoit à sa toilette, elle parloit italien avec M. deNevers 1 . On nousprésenta ; elle nous fit un air honnête, et lon voit bien que, si lon trouvoit uneoccasion de dire un mot à propos, elle entreroit fort aisément en conversation.Elle aime litalien, les vers, les livres nouveaux, la musique, la danse : vousvoyez bien quon ne seroit pas longtemps muette avec tant de choses, dont il estaisé de parler ; mais il faudroit du temps. Elle sen alloit à la messe, et madamedeMaintenon et madame de Richelieu 2 nétoient pas dans sa chambre. La cour,ma chère enfant, est un pays qui nest point pour moi; je ne suis point d'unâge à vouloir my établir ni à souhaiter dy être soufferte ; si jétois jeune, jai-merois à plaire à cette princesse; mais, bon Dieu! de quel droit voudrois-je yretourner jamais? Voilà mes projets pour la cour. Ceux de mon fils me parais-sent tout rassis et tout pleins de raison ; il gardera sa charge paisiblement, etfera de nécessité vertu : la presse nest pas grande à soupirer pour elle, quoi-

1 Philippe Mancini Mazarin, duc de Nevers.

2 Ses dames dhonneur.