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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SËVIGNÉ

Ail

delle. Elle a lu votre petite lettre ; elle vous remercie tendrement de la ma-nière dont vous comprenez sa douleur.

Vous ai-je diteomme madame de Coulanges futbien reçue à Saint-Germain?Madame la Dauphine lui dit quelle la connoissoit déjà par ses lettres ; que sesdames lui avoient parlé de son esprit; quelle avoit fort envie den juger parelle-même. Madame de Coulanges soutint très-bien sa réputation; elle brilladans toutes ses réponses; les épigrammes étoient redoublées : et la Dauphineentend tout. Elle fut introduite laprès-dînée dans les cabinets avec ses troisamies : toutes les dames de la cour étoient enragées contre elle. Vous com-prenez bien que par ces amies elle se trouve naturellement dans la privauté;mais cela peut-il la mener? et quels dégoûts quand on ne peut être despromenades, ni manger (avecles princesses)! Gela gâte tout le reste. Elle sentvivement cette humiliation; elle a été quatre jours à jouir de ces plaisirs et deces déplaisirs. Vous avez raison de plaindreM. de Pomponne quand il va dansce pays-, et même madame deVins, qui ny a plus de contenance. Elle esttoute replongée dans sa famille, et accablée de ses procès. Elle vint lautrejour dîner joliment avec moi ; elle paroît fort touchée de votre amitié. Vous nesauriez nous ôter lespérance, ni lenvie de vous recevoir, chacun selon nosdegrés de chaleur. Vous êtes à Grignan, ma chère bonne, vous êtes trop prèsde moi; il faut que je méloigne.

A LA MÊME

À Paris, vendredi saint 19 avril 1680.

Je vous écrivis mercredi assez confusément au milieu de deux ou trois per-sonnes qui me rompoient la tête. Joubliai inhumainement, contre lordinairedes grandmères, de vous parler de ma pauvre petite dAix ; jen suis encore àma fille, et mon amour, car on dit l'amour maternel, na point emporté ce pre-mier degré dans le second. Je suis pourtant en peine de cette pauvre enfant;vous me ferez plaisir de men dire desnouvelles. Vous massurez que les vôtressont bonnes. Je le souhaite passionnément; mais ne croyez pas que ce fût unebelle invention pour me tirer de peine, que de me mander toujours que vousvous portez bien; il faut la vérité pour me contenter; je la sens de fort loin, et,si vous pensiez toujours mexpédier en me disant des merveilles de votre santé,je naurois pas un seul moment de repos. Voilà comme je suis, ma très-chère ;ainsi je me recommande à la sincérité de Montgobert. Pour moi, je vous ai dit la