Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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Je suis fort aise quoM. de Grignan soit content de ma lettre : jai dit assezsincèrement ce que je pense; il devrait bien le penser lui-même, et renvoyertontes les fantaisies ruineuses qui servent chez lui par quartier; il ne faudraitpas quelles dormissent, comme cette noblesse de basse Bretagne; il serait àsouhaiter quelles fussent entièrement supprimées. Adieu, ma très-aimableet très-raisonnable. Jadmire et jaime vos lettres; cependant je nen veuxpoint. Cela paraît un peu extraordinaire, mais cela est ainsi. Coupez court,faites discourir Montgobert : je vous engage à vous ôter le dessein de mécrirebeaucoup, par la longueur dont je fais mes lettres. Vous les trouverez au-dessus de vos forces; cest ce que je veux ; ainsi ma poitrine sauvera la vô-tre. Il me semble que vous avez bien des commerces, quoi que vous disiez.Pour moi, je ne fais que répondre, je nattaque point; mais cela fait quel-quefois tant de lettres, que les jours de courrier, quand je trouve le soir monécritoire, jai envie de me cacher sous le lit, comme cette chienne de feuMaoame quand elle vovoit des livres.

A LA MÊME

Aux Piocher?, samedi 15 juin 1680,

Je ne réponds point à ce que vous me dites de mes lettres. Je suis raviequelles vous plaisent ; mais, si vous ne me le disiez, je ne les croirais pas sup-portables. Je nai jamais le courage de les lire tout entières, et je dis quelque-fois : « Mon Dieu, que je plains ma bile de lire tout ce fatras de bagatelles ! »Quelquefois même je me repens de tant écrire, je crois que cela vous jette tropde pensées, et vous fait peut-être une obligation de me faire réponse. Ab !laissez-moi causer avec vous, cela me divertit ; mais ne me répondez point, ilvous en coûte trop cher : votre dernière lettre passe les bornes du régime etdu soin que vous devez avoir de vous. Vous êtes trop bonne de me souhaiterdu monde; il ne men faut point : me voilà accoutumée à la solitude. Jai desouvriers qui mamusent; le bon abbé a les siens tout séparés. Le goût quil apour bâtir et pour ajuster va au delà de sa prudence. Il est vrai quil en coûtepeu, mais ce serait encore moins, si lon se tenoit en repos. Cest ce bois quifait mes délices; il est dune beauté surprenante ; jy suis souvent seule avecma canne et avec Louison : il ne men faut pas davantage. Quand je suis dansmon cabinet, cest une si bonne compagnie, queje dis en moi-même : Ce petitendroit serait digne de ma fille ; elle ne mettrait pas la main sur un livrequelle nen fût contente : on ne sait auquel entendre. Jai pris les Conversa-