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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DK .MADAME DE SÉYICNÉ

nouvel ornement à son esprit. Elle confondoit tantôt tous les mots, et, enparlant des mauvais traitements, elle disoit : Ils mont traitée comme unebarbarie , comme une cruauté. Vous voulez que je vous parle de mes misères,en voilà peut-être plus quil ne vous en faut. Toutes mes lettres sont sigrandes, que vous devriez, selon votre règle, men écrire de petites, et lais-ser le soin de tout à Montgobert. Ma fille, la santé est toujours un solide etvéritable bien : on en fait ce quon veut.

Madame de Coulanges me mande mille bagatelles, que je vous enverrais, sije ne voyois fort bien que cest une folie. La faveur de son amie (madame deMaint en on ) continue toujours. La reine laccuse de toute la séparation qui estentre elle et madame la Dauphine ; le roi la console de cette disgrâce. Elle vachez lui tous les jours, et les conversations sont dune longueur à faire rêvertout le monde. Je ne sais, ma très-chère, comment vous pourriez croire quevotre présence lut un obstacle à la fortune de vos frères : vous nêtes guèrepropre à porter guignon. Vous navez point assez bonne opinion de vous ;et pour le coin de votre feu, que vous dites qui empêehoit peut-être le cheva-lier de faire sa cour, parce que cela le rendoit paresseux, je vous assure qu'ilna fait que changer de cheminée, et que la fortune lest venue chercherdans sr chambre, assez incommodé des chicanes de son rhumatisme. Labbéde Grignan était désolé ; il eût jeté sa part aux chiens ; et tout dun coup, parune suite darrangements trop longs à vous dire, on le nomme, on le choisit,et le voilà dans le plus agréable évêché quon puisse souhaiter. Portez-voustoujours bien : cette provision est bonne; que savons-nous? Je regarde lavenircomme une obscurité dont il peut arriver des biens et des clartés à quoi lonne sattend pas.

M. de Lavardin se marie 1 ; cest tout de bon, et on dit que cest madame deMouci 2 qui inspire à madame de Lavardin tout ce quil y a déplus avantageuxpour son fils. Cest une âme tout extraordinaire que cette Mouci. Ce petit Molacépouse la sœur de la duchesse de Fontanges : le roi lui donne la valeur de plusde quatre cent mille francs. Mon Dieu, que vous dites bien sur la mort deM. de la Rochefoucauld, et de tous les autres! On serre les files; il n'y paraîtplus. Il est pourtant vrai que madame de la Fayette est accablée de tristesse,et na point senti, comme elle auroitfait, ce qui est arrivé à son fils. Madamela Dauphine navoit garde de ne la pas bien traiter : madame de Savoie luien avoit écrit comme de sa meilleure amie.

Avec Louise-Anne de Nouilles, sœur d'Anne-Jules, duc de iYoailles, maréchal do France.

2 Marie de Harlai, fournie de François le Bouteiller de Senlis, marquis de Mouci, maréchalde camp, sœur dAchille de Harki, alors procureur général et depuis premier président duparlement de Paris.