LETTRES DE MADAME DE SÉVIRNÉ
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cinq cent mille routes qui nous y mènent. Madame de la Sablière regardad’abord cette distraction, cette désertion ; elle examina les mauvaises excuses,les raisons peu sincères, les prétextes, les justifications embarrassées, les con-versations peu naturelles, les impatiences de sortir de chez elle, les voyages àSaint-Germain, où il jouoit, les ennuis, lès ne savoir plus que dire ; enfin,quand elle eut bien observé cette éclipse qui se faisoit, et le corps étranger quicachoit peu à peu tout cet amour si brillant, elle prit sa résolution : je ne saisce qu’elle lui a coûté; mais enfin, sans querelle, sans reproche, sans éclat,sans le chasser, sans éclaircissement, sans vouloir le confondre, elle s’estéclipsée elle-même; et, sans avoir quitté sa maison, où elle retourne encorequelquefois, sans avoir dit qu’elle renoncerait à tout, elle se trouve si bien auxIncurables, qu’elle y passe quasi toute sa vie, sentant avec plaisir que son maln'étoit pas comme celui des malades qu’elle sert. Les supérieurs de la maisonsont charmés de son esprit : elle les gouverne tous. Ses amis vont la voir; elleest toujours de très-bonne compagnie. La Farejoue à la bassette : voilà la finîle cette grande affaire qui attiroit l’attention de tout le monde; voilà la routeque Dieu avoit marquée à cette jolie femme. Elle n’a point dit, les bras croisés,j'attends la grâce : mon Dieu, que ce discours me fatigue! eh! mort de mavie ! la grâce saura bien vous préparer les chemins, les tours, les détours, lesbassettes, les laideurs, l’orgueil, les chagrins, les malheurs, les grandeurs;tout sert, tout est mis en œuvre par ce grand ouvrier, qui fait toujours in-failliblement tout ce qu’il lui plaît. Comme j’espère que vous ne ferez pas im-primer mes lettres, je ne me servirai point de la ruse de nos frères pour lesfaire passer. Ma fille, cette lettre devient infinie; c’est un torrent retenu que jene puis arrêter ; répondez-y trois mots. Conservez-vous, reposez-vous ; et queje puisse vous revoir et vous embrasser de tout mon cœur : c’est le but de mesdésirs. Je ne comprends pas le changement de goût pour l’amitié solide, sageet bien fondée; mais pour l’amour, ah! oui, c’est une fièvre trop violentepour durer. Adieu, ma très-chère et très -loyale, j’aime fort ce mot : ne vousai-je point donné du cordialement Nous épuisons tous les mots. Je vous par-lerai une autre fois de votre hérésie.
1 Mol fréquemment employé par madame de Chantal, et alors peu usité eucoîe.