LETTRES DE MADAME DE SKVIG.NÉ
-itïO
comme un souverain créateur et auteur de l’univers, et comme un êtreentintrès-parfait, selon la réflexion d a votre père ( Descartes ).
Voilâmes petites pensées respectueuses, dont je ne tire point de conséquen-ces ridicules, et qui ne m’ôtent point l’espérance d’être du nombre choisi,après tant de grâces qui sont dos préjugés et des fondements de cette con-fiance. Je hais mortellement à vous parler de tout cela ; pourquoi m’en parlez-vous? ma plume va comme une étourdie. Je vous envoie la lettre du pape ;seroit-il possible que vous ne l’eussiez point? Je le voudrois. Vous verrez unétrange pape : comment? il parle en maître; diriez-vous qu’il fût le père deschrétiens? Il ne tremble point, il ne flatte point, il menace ; il semble qu’ilveuille sous-entendre quelque blâme contre M. de Paris (de Harlai). Voilà unhomme étrange ; est-ce ainsi qu’il pré tend se raccommoder avec lesjésuites? etne devoit-il pas plutôt filer doux, après avoir condamné soixante-cinq proposi-tions? J’ai encore dans la tête le pape Sixte (-Quint) ; je voudrois bien quequelque jour vous voulussiez lire cette vie ; je crois qu’elle vous arrêteroit. Jelis Y Arianisme. Je n’en aime ni l’auteur (Hambourg), ni le style; mais l’his-toire est admirable, c’est celle de tout l’univers ; elle tient à tout; elle a desressorts qui font agir toutes les puissances. L’esprit d’Arius est une chosesurprenante, et devoir cette hérésie s’étendre par tout le monde; quasi tousles évêques embrassent l’erreur, et saint Athanase soutient seul la divinitéde Jésus-Christ. Ces grands événements sont dignes d’admiration. Quand jeveux nourrir mon esprit et mon âme, j’entre dans mon cabinet, et j’écoutenos frères , et leur belle morale, qui nous fait si bien connoître notre pauvrecœur. Je me promène beaucoup ; je me sers fort souvent de mes petits ca-binets; rien n’est si nécessaire en ce pays : il y pleut continuellement. Jene sais comme nous faisions autrefois : les feuilles étoient plus fortes, ou lapluie plus foible; enfin je n’y suis plus attrapée.
Vous dites mille fois mieux que M. de la Rochefoucauld, et vous en sentezla preuve. Nous ri avons pas assez de raison pour employer toute notre force.11 auroit été bien surpris de voir qu’il n’y avoit qu’à retourner sa maximepour la faire beaucoup plus vraie.
Vous me demandez ce qui a fait cette solution de continuité entre la Fare etmadame de la Sablière : c’est la bassette* : l’eussiez-vous cru? C’est sous cenom que l’infidélité s’est déclarée, c’est pour cette prostituée de bassette qu’ila quitté cette religieuse adoration : le moment étoit venu que cette passiondevoit cesser, et passer même à un autre objet. Croiroit-on que ce fût unchemin pour le salut de quelqu’un que la bassette? Ah! c’est bien dit, il y a
1 Jeu alors ù la mode.