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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉYIENÉ

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surprise de la sorte de faveur de madame de Main tenon. Enfin, nul autre amina tant de soin et dattention que le roi en a pour elle; et, ce que jai dit biendes fois, elle lui fait connoitre un pays tout nouveau, je veux dire le com-merce de lamitié et de la conversation, sans chicane et sans contrainte : il enparoit charmé.

Vous mavez bien décriée auprès de mesdemoiselles de Grignan; jadmireque laînée ait été assez généreuse pour mécrire sitôt après la connoissanced'une telle sottise. Il est vrai, ma fille r quil ny a rien dégal, et que lapremière chose qui saisit mon imagination la mène si loin, que cela composesouvent une loge des Petites-Maisons ; et quand je reviens à moi, comme dunsommeil, jensuis plus étonnée que les autres. M. de Marsillaca été dire adieuà madame de la Fayette ; ils se remirent à pleurer comme le premier jour :il ny a rien de faux à ces deux personnes.

Adieu, mon enfant, adieu, ma très-belle, car vous lêtes, si vous vous portezaussi bien que vous dites. Vous voulez donc que je reçoive dans mon cœurcette espérance de vous retrouver avec un visage, avec de la force, sans dou-leur, sans chaleur, sans pesanteur; quoi! toutes ces incommodités auront euleur cours et leur fin? Je dirois comme le petit Coulanges : « Il faut que jylouche , vrai Dieu! cest sa bouche et son teint de lis, » etc.; mais prenez gardede ne pas mettre tout cela dans les neiges et les glaces de lhiver : vous savezce quil vous en a coûté, et que cest le commencement de tous vos maux.

Madame de Coulanges perce à jour votre pauvre frère par ses épigrammes ;elle dit quil aurait grand besoin dune ingrate pour se remettre un peu ;mais il les sait si bien choisir, quil nen trouve jamais. Il a le don, commevous dites, de rendre mauvaises les meilleures choses. Son séjour de Fontai-nebleau ne lui a pas servi, au contraire.

A CA MÊME

Aux Rochers, dimanche 21 juillet 1680.

Je naime point que vous disiez que vos lettres sont insipides et sottes :voilà deux mots qui nont jamais été faits pour vous. Vous navez quà penseret à dire, je vous défie de ne pas bien faire; tout est nouveau, tout est brillant,et dun tour noble et agréable. Reprenez sur moi le trop de louanges que vousme donnez, mettez-les de votre côté, si vous voulez être juste; mais, si vousavez envie de me plaire, continuez à me faire écrire par la Pythie ou par une