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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉYtGA'É

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autre, et donnez-moi toujours la joie de vous imaginer bien coucln’c et bienà votre aise sur votre petit lit. Ne craignez point la paresse, ma belle; voussavez bien qu’il n’est pas aisé de commettre ce péché, puisque, selon uncasuiste de notre connoissance 1 ,. « la paresse est une tristesse de ce que leschoses spirituelles sont spirituelles, comme seroit de s’affliger de ce que lessacrements sont la source de la grâce. »

Cette définition vous met fort à couvert; ainsi, ma fille, soyez bien ce quenous appelons improprement paresseuse ; c’est le plus sûr moyen de me fairegoûter sans mélange le plaisir de vous voir guérie de toutes les incommoditésdont vous étiez accablée. Mon fils me fit, l’autre jour une assez méchante plai-santerie : il me manda qu’il avoit perdu au reversi deux cent soixante louis,et avec des circonstances si vraisemblables, que je n’en doutai point; j’en fusfort fâchée : il me rassura parla même poste. C’est cela qui est bien insipide,car à quel propos donner cette émotion? Je songeai en même temps que celase trouve vrai quelquefois en des lieux qui me sont encore plus sensibles. Onformeroit, ma chère enfant, une autre grande amitié de tous les sentimentsque je vous cache.

Vous me souhaitez, ma fille, quand vous avez bien de la musique et de lajoie; vous avez raison, c'est l’humeur de manière, et moi, entre huit et neufdans ces bois, je dis : « Ah ! que ma fille seroit aise ici! » Tout cela est naturel,eL de penser souvent à ce que l’on aime. O11 dit que le roi laissera les dames àLille, et s’en ira je ne sais où avec M. le Prince. Si les Hollandois étoient de laligue, je crois qu’il se divertiroit encore à les foudroyer; mais, sans cela, on necomprend point qu’il voulût rompre une paix qui lui coûte tout le reste de laFlandre, qu’il étoit à la veille de soumettre. Tous me dites une chose qui meplaît extrêmement, il est plus poli d’admirer que de louer. C’est une joliemaxime; mais pour moi j’ai peine à les séparer, et je ne puis m’empêcherde faire souvent l’un et l’autre quand je parle de ma chère comtesse.

A LA MÊME

Aux Rochers, mercredi ‘24 juillet 1080.

Vous me représentez votre cabinet à peu près comme l’habit d’Arlequin.Cette bigarrure n’est pas dans votre esprit; c’est ce qui me fait vous souhaiter

1 Escobar. Voyez la neuvième Lettre provinciale.