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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

47 .)

deviendra serein ; tous vos plaisirs ne sont que reculés ; M. de Grignanreviendra de Marseille, et vos Grignans de Paris.

Je ne sais point du tout laffaire du coadjuteur, qui lui coûtera peut-êtrede largent ; cela seroit en quelque sorte plus mauvais que la fièvre : il ny apoint de remède anglois contre cette nécessité de payer, comme il y en acontre la fièvre.

Je vous admire, en vérité, dêtre deux heures avec un jésuite sans disputer :il faut que vous ayez une belle patience pour lui entendre dire ses fades etfausses maximes. Je vous assure que, quoique vous mayez souvent repous-sée politiquement sur ce sujet, je nai jamais cru que vous fussiez dunautre sentiment que moi, et jétois quelquefois un peu mortifiée quil me fûtcomme défendu de causer avec vous sur une matière que jaime, sachantbien quau fond de votre âme vous étiez dans les bonnes et droites opinions.Je naurois jamais cette tranquillité avec un bon père. Jen trouvai un àVichy; dès la première visite nous fûmes brouillés, et ses eaux en furenttellement troublées, quil fut contraint daller à Saint-Mion pour se rafraî-chir. Puisque vous lisez les Epîtres de saint Paul, vous puisez à la source,et je ne veux pas vous en dire davantage.

M. le Prince est bien malade; la France pourrait bien perdre ce héros.Mon fils vous fait mille amitiés ; il est ravi de penser que nous vous auronscet hiver, il ose espérer comme moi que ce vogage sera plus favorable que lesautres, vous avez toujours eu des agitations. Si vous étiez bonne, vous medonneriez le plaisir de savoir que vous irez en litière jusquà Lyon, et quemême, jusquà Montélimart, vos muletiers suivront le grand chemin, sanssaller extravaguer dans des précipices,, pour épargner un quart de lieue,madame de Coulanges pensa périr mille fois : vous môteriez par cette con-duite cette fraveur des bords du Rhône, dont mon imagination est frappée.Labbé de Pontcarré me mande que le fils de M. Morant, conseiller dEtat,est nommé intendant en Provence ; cest un fort galant homme, dont je croisque vous serez contents : ce Morant est le propre neveu de madame deLeuville, lamie de M. de Grignan. Je vous trouve fort heureuse dêtre avecM. larchevêque (dArles), et davoir souvent de bonnes conversations aveclui : vous faites des réflexions bien solides; jen fais un peu aussi de moncôté ; et le moyen de ne pas méditer sur ce quon voit tous les jours ? Assurezbien ce bon patriarche de mes respects pleins de tendresse.

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