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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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faisoit trop d’honneur. En vérité, on devroit en dire autant que lui ; et l’orgueilhumain se fait trop d’honneur de croire qu’il y ait de grandes affaires dans lesastres quand on doit mourir. Tout mon silence ne m’a pas fait oublier lescharmes de vos traductions h Adieu, mon cher cousin, adieu, ma chère nièce.Mandez-moi de vos nouvelles. Cependant nous allons reprendre, notre amiCorbinelli et moi, le fil de notre discours.

LE COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ

A Autun, ce 11 janvier 1681.

Vous avez dû recevoir une de mes lettres, madame; ainsi je ne vous dirairien de ce que je vous écrivois, et je ne ferai que répondre à votre lettre du 2de ce mois. Nous irons savoir d’original, madame deColignyetinoi, au moisd’avril prochain, les peines que vous avez eues en Bretagne. Cependant je vousdirai que je suis ravi que la belle Provençale se porte mieux, parce que, la de-vant aimer, comme ce m’est une nécessité, j’aurai plus de plaisir en la trou-vant plus belle.

Je crois comme vous qu’il y a de petits démons qui nous veulent empêcherde faire notre devoir, mais qu’ils trouvent des gens plus fragiles les uns que lesautres ; sans vous faire de reproches de votre paresse à m’écrire, madame, jeleur résiste mieux que vous.

La comète qu’on voit à Paris se voit aussi en Bourgogne, et fait parler lessots de ce pays-ci comme ceux de celui-là. Chacun a son héros, qui, à son avis,en doit être menacé, et je ne doute pas qu’il n’y ait des gens à Paris qui croi-ront que la comète a annoncé au monde la mort de BrancasL Je trouvecomme vous, madame, que le cardinal Mazarin eut l’esprit assez fort de se mo-quer en mourant des flatteurs qui lui disoient que le ciel présageoit sa pertepar la comète qui paroissoit alors. Votre nièce de Coligny admire la fermeté ducardinal en cette rencontre ; et en effet il faut bien de la force pour dire enmourant des choses qu’ondiroit en bonne santé.

La foiblesse de craindre les comètes n’est pas moderne, elle a eu cours danstous les siècles, et Virgile, qui avoit tant d’esprit, a dit qu’on ne les voyoitjamais impunément. Peut-être ne l’a-t-il pas cru, et que, comme il étoit un des

' Bussy avait envoyé à sa cousine des traductions en vers de quelques épigrammes de Mar-tial et de Catulle; elles sont, en général, très-médiocres.

2 Charles, comte de Brancas, chevalier d’honneur de la reine.