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LETTRES I)E MADAME DE SÉVIGNE
llatteurs d’Auguste, il a voulu lui persuader qu’il croyait que le ciel témoignoitpar ces signes l’intérêt qu’il prenoit aux actions et à la mort des grands princes.Pour moi, je ne le crois pas; je pense que tout au plus une comète marquel’altération des saisons, et qu’elle peut ainsi causer la peste ou la famine.
MADAME DE SÉV1GNÉ AU COMTE DE BUSSY
A Paris, ce 5 avril J 681.
Faisons la paix, mon pauvre cousin. J’ai tort, je ne sais jamais faire autrechose que de l’avouer. On dit que ma nièce ne se porte pas trop bien. C’estqu’on ne peut pas être heureuse en ce monde : ce sont des compensations dela Providence, afin que tout soit égal, ou du moins que les plus heureux puis-sent comprendre par un peu de douleur et de chagrin ce qu’en souffrent ceuxqui en sont accablés. Je n’aurai point de foi à votre voyage du mois d’avril tantqu’elle ne sera pas en état de venir avec vous.
Je vous ai souhaité un lot à la loterie pour commencer à rompre la glace devotre malheur. Cela se dit-il? Vous me le manderez, car je ne puis jamais rac-commoder ce qui vient naturellement au bout de ma plume. Cela donc vousaurait remis en train d’être moins malheureux; mais je crois que ma nièce deSainte-Marie le sauroit, et qu’elle me l’aurait dit. Monsieur votre fils n’a riengagné aussi; mais nous avons encore toutes nos espérances pour le gros lot,le roi l’ayant redonné au public. Le voyage de Bourbon est rompu. Mais je nefais que de misérables répétitions : monsieur votre fils vous mandera toutassurément. La cour a voulu l’appeler M. de Bussy. Le nom de Rabutin estdemeuré avec celui d’Adhémar, que vouloit prendre le chevalier de Grignan,et que Rouville seul a empêché de prospérer ; il faut l’attache des courtisanspour les noms. Je voudrois bien que vous eussiez donné au vôtre tous les orne-ments que vous lui deviez donner. Celui d’Estrées est comblé de tous les titresqui peuvent entrer dans une maison.
Il ne faut point s’attacher à des pensées tristes et inutiles : il vaut mieuxcroire, comme notre ami Corbinellime le prêche tous les jours, que Dieu règletoutes choses comme il veut qu’elles soient, et que la place que vous tenezdans l’univers, telle qu’elle est, ne pouvoit point être dérangée. Le P. Bour-daloue nous fit l’autre jour un sermon contre la prudence humaine, qui fit bienvoir combien elle est soumise à l’ordre de la Providence, et qu’il n’ v a que celledu salut, que Dieu nous donne lui-même, qui soit estimable. Cela console, et